Marie Stuart de Friedrich von Schiller - Mise en scène Chloé Dabert


Chloé Dabert, directrice de La Comédie - CDN de Reims, s’empare de Marie Stuart, la tragédie en cinq actes de Friedrich Von Schiller, et en déploie au plateau toute la tension politique et humaine. Fidèle à la traduction de Sylvain Fort, la metteuse en scène resserre le drame autour des derniers jours de la reine d’Écosse, suspendue à l’indécision de sa cousine, Élisabeth, seule détentrice du pouvoir de signer son arrêt de mort.

Reine d’Écosse avant même d’avoir un an, reine de France à seize ans par son mariage avec François II, prétendante légitime au trône du royaume d'Angleterre, le destin de Marie Stuart bascule à ses 25 ans, en 1568, lorsqu’elle abdique, fuit l’Écosse et se réfugie en Angleterre auprès d’Élisabeth. Elle y restera enfermée dix-neuf années avant d’être exécutée pour complot en 1587. Face à elle, Élisabeth, fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn, exécutée pour adultère et sorcellerie, accède au trône d'Angleterre en 1558 après le décès des enfants légitimes d'Henri VIII. Une accession controversée, fragilisée par la seule existence de Marie Stuart, qui jusqu'à son dernier souffle se refuse de reconnaître la légitimité de sa cousine.

Chloé Dabert inscrit cette rivalité dans un huis clos carcéral implacable. Marie Stuart est enfermée dans une structure de verre transparente qui matérialise à la fois l’enfermement physique et la surveillance constante à laquelle elle est soumise. Si la représentation s'ancre dans le texte shillerien et peine à prendre son envol vers une émotion plus tangible, la scénographie de Pierre Nouvel d’une épure saisissante, fait de la machinerie théâtrale un véritable moteur dramaturgique au service de l'intrigue. Les enjeux politiques, religieux et historiques se resserrent autour de la confrontation des deux femmes. Les magnifiques costumes d'époque de Marie La Rocca et de judicieux éléments scéniques suffisent à convoquer la puissance historique du drame, un secrétaire d’époque pour Marie Stuart, un trône isolé au centre du plateau pour Élisabeth. Dans ce décor signifiant, Chloé Dabert place les deux reines au cœur d’une arène politique où s’exacerbent leurs egos, leurs failles, leurs prétentions irréconciliables au trône. 

Bénédicte Cerutti et Océane Mozas traversent cette fresque avec une intensité profonde. Leurs incarnations font émerger le caractère de deux femmes que tout oppose. À la passion et à l’orgueil flamboyant de Marie Stuart répond la rigueur stratégique d’Élisabeth, reine vierge, contrainte à la maîtrise permanente de ses affects. Cigale et fourmi, chair et raison, désir et contrôle, elles donnent à voir ces femmes dont l'opposition morale ne se détache jamais du conflit qui signifie leur survie.

Autour d’elles gravitent conseillers, partisans, prétendants, figures masculines de l’échiquier politique qui complotent, calculent et tentent de déplacer les lignes du pouvoir. Les comédien-es Jacques-Joël Delgado, Koen De Sutter, Sébastien Éveno, Cyril Gueï, Jan Hammenecker, Tarik Kariouh, Makita Samba, Arthur Verre, Marie Moly et Brigitte Dedry entourent les deux reines jusqu'à la tension absolue de leur rencontre, nœud dramaturgique de la fiction schillerienne.

Chloé Dabert saisit le déplacement du centre de gravité du drame, elle fait surgir la dualité de deux femmes prises dans un système de luttes dynastiques qui signe la rivalité des deux prétendantes d'un trône qui n'admet qu'une reine. Elle vit tu meurs, elle meurt, tu vis. Tragédie de la décision impossible, le pouvoir s'inscrit dans l'impératif de la nécessité.

Sans chercher une vaine actualisation, Chloé Dabert restitue à Marie Stuart toute la force d’une tragédie historique, servie par une mise en scène d’une précision redoutable. Chloé Dabert réussit à adapter la mécanique tragique de Schiller qu'elle déploie avec une lisibilité et une intensité rares.



Marie Stuart de Friedrich von Schiller deMarie Stuart - Mise en scène Chloé Dabert jusqu'au 29 janvier 2026 au Théâtre Gérard Philippe, centre dramatique national de Saint-Denis

crédit photos : Marie Liebig

Avec : Bénédicte Cerutti, Brigitte Dedry, Jacques-Joël Delgado, Koen De Sutter, Sébastien Éveno, Cyril Gueï, Jan Hammenecker, Tarik Kariouh, Marie Moly, Océane Mozas, Makita Samba, Arthur Verret Traduction : Sylvain Fort
Collaboration à la Dramaturgie :Alexis Mullard
Scénographie :Pierre Nouvel
Lumière : Sébastien Michaud
Son :Lucas Lelièvre
Costumes : Marie La Rocca Maquillage et Coiffures : Cécile Kretschmar
Assistanat à la mise en scène : Virginie Ferrere
Assistanat au maquillage et aux coiffures : Judith Scotto Le Massese 
Coordination des cascades :Roberta Ionescu 
Régie générale et Assistanat à la scénographie :François Aubry dit Moustache
Construction du décor :Atelier du Nouveau Théâtre de Besançon 
Réalisation à la toile peinte : Marine Dillard 
Réalisation des costumes : Élise Beaufort, Albane Cheneau, Bruno Jouvet, Armelle Lucas (coupe dames), Jeanne-Laure Mulonniere, Anne Tesson (coupe homme)
Stagiaire aux costumes : Nadou Abot, Nele Velhan-Goemans 
Avec l'aide précieuse des cheffes d'Atelier : Sophie Bouilleaux – Théâtre national Populaire de Villeurbanne ; Myriam Rault – Théâtre national de Bretagne ; Pauline Zurini – Théâtre national de Strasbourg.

L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté.

Remerciements: Patrick Demouy ; Frère Remy Vallejo.

Production : Comédie – CDN de Reims.

Coproduction :  La Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France ; Théâtredelacité – CDN Toulouse Occitanie ; Nouveau Théâtre de Besançon – CDN ; Comédie de Caen – CDN de Normandie ; Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis ; Théâtre de Cornouaille – scène nationale de Quimper ; Théâtre de Liège et DC&J Création ; Théâtre National de Bretagne, Rennes.

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National.

Avec le soutien du CENTQUATRE-PARIS ; du Tax Shelter du Gouvernement fédéral de Belgique ; d’Inver Tax Shelter.

Sophie Trommelen, vu le 18 janvier 2026 au   Théâtre Gérard Philippe, centre dramatique national de Saint-Denis