Le Plaisir, la Peur et le Triomphe de Joaquim Fossi

Se glissant dans le costume d’un archéologue du septième millénaire, Joaquim Fossi déterre les fossiles de nos traces numériques, vestiges dérisoires d’une humanité disparue, résidus de nos vies connectées qui ont survécu à notre propre effacement.

Joaquim Fossi choisit le récit d’anticipation comme la seule distance possible et nécessaire pour poser un regard ironique sur notre aptitude compulsive à absorber le flux abyssal d’images que nous scrollons et alimentons quotidiennement. L’anticipation devient ici un outil critique, un miroir déformant mais tellement lucide tendu à notre présent saturé d'images.
Diplômé de l’École du Nord, lauréat du dispositif Prémisses et soutenu par le Théâtre de la Bastille, Joaquim Fossi écrit, met en scène et interprète Le Plaisir, la Peur et le Triomphe, comme trois affects entremêlés face à l’angoisse du jaillissement perpétuel du monde dans notre quotidien.

Seul en scène, dans une adresse directe véritablement connivente, l’artiste analyse les reliques de notre communication numérique. De notre fabrique d'images, l’archéologue devenu anthropologue convoque un corpus rigoureusement choisi et esquisse le portrait de l’homme du XXIᵉ siècle. Il magnifie l’anecdotique, ritualise nos habitudes cathodiques, érige une présentatrice météo ou du journal de vingt heures en divinités, transforme les Daft Punk en prêtres robotiques provoquant une transe extatique, ou encore le smiley en ponctuation signifiante d’une analyse linguistique improbable.

Sans jamais oublier de faire théâtre, avec un regard toujours tendre et faussement naïf, Joaquim Fossi transforme le néant vertigineux de nos navigations sur le web en un précis d’histoire de l’art du XXIᵉ siècle, où nos comportements névrotiques, aussi insignifiants soient-ils, deviennent matière à pensée et à jeu. En donnant corps à nos traces numériques, Le Plaisir, la Peur et le Triomphe transforme le plateau en espace d’analyse joyeusement inquiet, où le théâtre, seul, semble encore capable d’ordonner le chaos du monde et d'exorciser nos angoisses.

Avec une justesse désarmante, Joachim Fossi transforme nos ruines numériques en une matière théâtrale, révélant dans le rire l’inquiétante absurdité de ce que nous laissons derrière nous. Une expérience scénique aussi drôle que vertigineuse.

 


Le Plaisir, la Peur et le Triomphe de Joaquim Fossi jusqu'au 30 janvier 2026 au Théâtre de la Bastille.

Crédit photos : Simon Gosselin 

Conception, mise en scène et jeu : Joaquim Fossi
Texte : Joaquim Fossi et Noham Selcer
Collaboration artistique : Nine d'Urso 
Création lumière et scénographie : Andrea Baglione
Création sonore : Lucas Depersin
Régie générale, création vidéo : Clément Balcon et Marie-Lou Poulain
Dramaturgie : Pauline Fontaine et Tristan Schinz
 
Production : Raphaël de Almeida, Camila Brunet | Prémisses – Office de production artistique et solidaire pour la jeune création
 
Coproduction : Théâtre de la Bastille, Théâtre d’Orléans – Scène nationale, Les Célestins – Théâtre de Lyon, Théâtre Jean-Vilar (Vitry-Sur-Seine)
 
Soutiens : Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Le Bercail – Outil de création marionnette & arts associés
 
Joaquim Fossi est lauréat 2024 du dispositif Prémisses – Office de production artistique et solidaire pour la jeune création.
 
Remerciements : Maxime Crescini, Ambre Febvre et Camille Léon-Fucien, Lucie Pollet, Célestine Dahan, Emmanuel Noblet, Antoine Defoort, Pierre-Martin-Oriol, Manuel Ferrara et Angela White, Lauriane Galtier, Kate Gerard, Sophie Nick et Alexis Fossi www.premissesproduction.com 
 
Sophie Trommelen, vu le 19 janvier 2026 au Théâtre de la Bastille