La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux - mise en scène d'Édouard Dossetto

Fidèle au texte du dramaturge qui, dès 1935, bouleversait les codes de la tragédie antique, Édouard Dossetto met en scène La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux, écrite dans l’entre-deux-guerres, alors que l’Europe vacille sous la montée des nationalismes et la menace hitlérienne.

En situant son action aux prémices d’un conflit qui n’est pas encore déclaré, Giraudoux déplace le mythe à l'endroit du possible. La guerre peut encore ne pas avoir lieu. Tout l’enjeu se fixe alors dans cet espace fragile où la paix demeure envisageable.
La colère des Grecs, provoquée par l’enlèvement d’Hélène par Pâris, place Troie sous la menace imminente de la guerre. La fatalité chez Giraudoux n’est plus divine, elle devient politique.
Hector, revenu du combat, ayant vu la guerre et croisé la mort, tente d’arracher la cité à un engrenage fatal. Face aux passions, aux susceptibilités et aux orgueils blessés, il défend la voie fragile de la négociation.
 
La mise en scène transforme le plateau en cellule de crise contemporaine. Autour de la table des négociations, Andromaque en tailleur strict fait face à Cassandre dont la clairvoyance se déploie sous les traits d’une intelligence artificielle cynique. Priam intervient en visioconférence. Busiris, expert en droit international, déroule son argumentaire en slides projetés. Micros, écrans et dispositifs numériques font basculer la tragédie antique dans le langage diplomatique de notre temps.

Les comédiens, en alternance Tatiana André ou Ghina Daou, Leslie Gruel ou Marie Benati, Édouard Dossetto ou Gaspard Baumhauer, Adam Karoutchi ou Guillaume Villiers-Moriamé, Majd Mastoura ou Rémi Couturier, incarnent des figures mythiques désormais soumises non plus à l’arbitraire des dieux, mais à leur propre responsabilité.

En replaçant la pièce dans le contexte actuel d’une négociation internationale, Édouard Dossetto explore les limites de la diplomatie. Les discours se succèdent, les arguments s'affirment, mais les passions résistent. L’honneur et la fierté l'emportent sur la raison.  Si elle se perd parfois dans les différents registres de la tragi-comédie, l'adaptation révèle la résurgence tragique de notre humanité qui inéluctablement rejoue la même scène, à l'image des sommets diplomatiques qui se succèdent sans jamais empêcher l’embrasement.

Du plaidoyer pacifiste de Giraudoux qui dénonce le privilège des grands de regarder la guerre depuis leur terrasse, le collectif Nuit Orange déploie la tragédie comme la fabrication d’une catastrophe. L'adaptation touche autant par son originalité que par sa justesse, celle de théâtraliser des hommes parler au nom de l'honneur tout en regardant notre monde glisser vers la guerre.

 La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux, mise en scène d'Édouard Dossetto au Studio Hébertot jusqu'au 5 avril 2026

Mise en scène : Édouard Dossetto
Interprétation en alternance : Tatiana André ou Ghina Daou, Leslie Gruel ou Marie Benati, Édouard Dossetto ou Gaspard Baumhaeur, Adam Karotchi ou Guillaume Villiers Moriamé et Majd Mastoura ou Rémi Couturier
Création lumière : Raphaël Bertomeu
Création sonore : Martin Benati

Attachée presse : Dominique Lhotte
Diffusion : Jean-Yves Ostro 
Production : Collectif Nuit Orange et COMET
 
Sophie Trommelen, vu le 15 février 2025 au Studio Hébertot