Diégane Latyr Faye part sur les traces d’un manuscrit mythique, Le Labyrinthe de l’inhumain, publié en 1938, et de son mystérieux auteur T. C. Elimane, disparu après avoir été accusé de plagiat. Inspiré de l’histoire de Yambo Ouologuem, premier écrivain africain à recevoir le prix Renaudot en 1968 pour Le Devoir de violence, le roman de Mohamed Mbougar Sarr interroge la violence symbolique infligée aux écrivains africains et la brutalité des silences imposés.
Au plateau, Odile Sankara et Aristide Tarnagda incarnent le dialogue passionnant qui se noue, de Paris à Amsterdam, entre Diégane Latyr Faye et Siga D., autrice sénégalaise qui s'est imposée dans le champ littéraire. Derrière leurs pupitres, les deux comédiens donnent corps à ce polar littéraire et entraînent leur auditoire dans un voyage sinueux, à travers les limbes d’une histoire familiale indissociable d’une histoire du Sénégal et de sa diaspora traversées par les fractures de son passé colonial.
Aristide Tarnagda et Odile Sankara s’emparent de la réflexion portée par le roman sur la puissance de la littérature, le désir d’écrire, la violence de la réception critique, la difficulté persistante de la reconnaissance des littératures francophones face à l’hégémonie occidentale. Aristide Tarnagda et Odile Sankara font entendre au plateau la langue, à la fois singulière et universelle, résolument ancré dans notre époque, de Mohamed Mbougar Sarr. Alliant la puissance connivente du conte à la lucidité joyeuse d’un regard ironique, ils donnent à entendre la virtuosité d’une écriture qui oscille sans cesse entre dialogues vifs, élans romanesques et constats implacables.
En donnant voix à cette enquête littéraire, Aristide Tarnagda met à nu le sous-texte du roman, la stigmatisation persistante de la littérature dite francophone trop souvent assignée à son origine plutôt qu’accueillie pour sa puissance universelle. La scène devient alors le lieu d’un renversement salutaire. Écrire en français n’est pas une concession, mais un acte de liberté, une manière de reprendre la langue pour en faire un territoire commun, celui d'un verbe qui à tant à dire et à émouvoir.
En condensant le roman vertigineux et labyrinthique de Mohamed Mbougar Sarr, Aristide Tarnagda exprime sa richesse et en révèle sa pulsation éminente.
La plus secrète mémoire des hommes d'Aristide Tarnagda — d’après Mohamed Mbougar Sarr du 4 au 8 février à La MC 93- Maison de la culture de Seine-Saint-Denis
Crédit photo : ©Daddy Mboko.
Sophie Trommelen, vu le 8 février 2026 à la MC 93 - Maison de la culture de Seine-Saint-Denis

