Vingt ans après L’Effet de Serge, Philippe Quesne reconvoque le salon de Serge pour en faire le point de départ d’une joyeuse métamorphose. Confié à Madame Laugier, l'appartement s'est transformé en galerie d'art, un atelier ouvert que des artistes qui se retrouvent tous les jeudis investissent en attendant la fameuse Biennale tant fantasmée par Madame Laugier.
Sans hiérarchie, sans la moindre injonction à la virtuosité, les quatre artistes invités modulent, performent, avec les éléments présents dans l'atelier. Le lieu se fait cocon, refuge, un laboratoire où les idées naissent, se frottent, se perdent et resurgissent sous forme d'installations avec une grâce joyeuse. Madame Laugier nourrit l'espace de sa nostalgie faisant revivre de ses anecdotes l'affection qu'elle porte au maître des lieux dont l'esprit libre plane sur la performance.
Portés par le timbre singulier de Céleste Brunnquell, les interprètes, Isabelle Angotti, Céleste Brunnquell, Marc Susini, Veronika Vasilyeva-Rije et Marc Chevillon, évoluent dans une insouciance radieuse et transforment chacune de leur proposition en geste poétique.
Le metteur en scène et plasticien Philippe Quesne orchestre le processus créatif lui-même, le geste en train de se faire. Sans emphase, intuitif et spontané, l’art surgit d’un rien et l'humour se glisse partout. L’intention de la représentation se détache de toute velléité revendicatrice et touche au possible d'une communication poétique, sereine, d'une rencontre performatrice qui repose sur le simple bonheur du partage. Dans cet instant, complètement détachés d'un environnement extérieur, les artistes se dérobent de tout jugement. Avec tendresse, drôle, Philippe Quesne évite toujours l’écueil de la prétention, figurant non pas l'entre-soi de la création mais célébrant la naïveté d'une disponibilité au monde, la capacité à l'émerveillement et à la tendresse.
Sous-titres d'un monde qui se laisserait porter par sa poésie, les textes de la poétesse Laura Vazquez défilent sur des supports lumineux. Comme une prolongation du pacte performatif, à la fin de la représentation, les comédiens distribuent aux spectateurs le livret des poèmes de l'autrice. Ce qui a été vécu ensemble ne s’arrête pas à l’extinction des lumières de la performance.
Le Paradoxe de John jusqu'au 6 décembre 2025 au Théâtre de la Bastille
Remerciements : Zinn Atmane, Lola Bourdin (eniedocc), Jean-Charles Dumay, Léo Gobin, Sébastien Jacobs, Paul Nougé, Florian Sanchez (Eugène Blove), Lisa Sturacci, Maud Wyler, Julia Zastava Musiques : Samuel Barber, Noel Boggs, Fred Buscaglione, John Cage, Lucy Railton, Robert Schumann, Demetrio Stratos, Riz Ortolani,...
Coproduction La Commune – Centre dramatique national d'Aubervilliers, Théâtre de la Bastille, Festival d'Automne à Paris, Théâtre Garonne scène européenne - Toulouse, Maillon Théâtre de Strasbourg – scène européenne, Maison Saint-Gervais – Genève, Kampnagel – Hamburg.
Première dans le cadre du Pavillon théâtre avec Philippe Quesne le 7 novembre 2025 à La Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers

