Ix : variations de Marcos Caramés-Blanco et Sacha Starck

A travers un récit fictionnel, Marcos Caramés-Blanco et Sacha Stark recomposent au plateau les fragments qui, comme autant de pièces d'un puzzle, restituent l'espace de représentation d'une enfance queer.

Dans un seul en scène pas toujours à la première personne, Sacha Starck incarne un je, Ix, dans sa tentative d'être lui-même, mais aussi dit par les autres, celles et ceux qui prennent la parole à sa place, le personnel médical, la famille, l'école. Dixit Eddy de Pretto, tu seras un homme mon fils. Confronté à cette injonction qui figure la violence du stigmate, Ix trouve refuge dans la pop des années 90, un exutoire.

Déployé sous forme de chapitres figurés par 17 pistes audio qui composent chacune le motif des pages du journal intime d'Ix, Ix : variations se joue comme une variation sur le genre, une variation de formes plurielles qui alterne les registres et les théâtralités. Le drag et la performance côtoient l’adresse directe et les ruptures de ton. Passant d'une figure à l'autre, faisant de son corps et de sa voix les vecteurs d'une multitude de présences, Sacha Starck s'empare des oscillations mélodiques, rythmiques et dramaturgiques d'un thème qui toujours replace la marge au centre du plateau.

Marcos Caramés-Blanco construit ce récit à partir de fragments qui dessinent une enfance rejouée depuis le regard de l'adulte. Un adulte, seul capable de poser le mot intersexe et qui peut désormais mettre des mots sur les violences subies et percevoir les mécanismes qui ont façonné le regard qu'Ix porte sur lui-même. Le plateau devient le lieu d'une mise en abyme où l'adulte regarde l'enfant qu'il a été, non pour en restituer une mémoire linéaire, mais pour en recomposer les traumas.

Dans un parallèle vertigineux, Marcos Caramés-Blanco inscrit les violences subies par Ix dans une histoire collective. Du refus des enfants arc-en-ciel revendiqué par la Manif pour tous en 2012 au triangle rose des déportés dans les camps de 42, de la proposition de loi de 2024 aux thérapies de conversion, Ix : variations déploie une chronologie des discours réactionnaires, des violences médicales et des persécutions des personnes queer à travers l'Histoire. La représentation percute archives personnelles et mémoire collective. Une mise en perspective qui donne à la souffrance d'Ix une dimension politique, une souffrance qui ne relève pas d'une expérience isolée, mais de violences systémiques qui traversent les générations.

En interrogeant les normes qui fabriquent l'exclusion, Marcos Caramés-Blanco et Sacha Starck invitent à faire l'expérience de l'autre, de son intimité, de son vécu, de son ressenti, pour dire le monde à travers la singularité d'un regard et les possibles du théâtre, comme espace de réappropriation d'une parole et d'un corps malmenés.

 


Ix : variations de Marcos Caramés-Blanco et Sacha Starck du 3 au 8 novembre au Théâtre de la Bastille

Mise en scène : Marcos Caramés-Blanco et Sacha Starck
Texte Marcos : Caramés-Blanco
Jeu : Sacha Starck
Collaboration artistique : Maëlle Dequiedt
Création sonore : Thibaut Farineau assisté de Timothée Vierne
Création lumière et régie : Enzo Cescatti
Costumigraphie : Noé Quilichini
Régie générale, son et vidéo : Timothée Vierne
Direction de production : Juliette Roels assistée de Laurine Aubry - Théâtre de la Bastille
Production déléguée : Théâtre de la Bastille
Coproductions : Les Quinconces et L’Espal – Scène nationale du Mans, Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines pour la re-création en salle
Soutien : La Colline – théâtre national, La Chartreuse – CNES de Villeneuve-lez-Avignon 
 
crédit photo : SD Pix 

Sophie Trommelen, vu le 3 novembre 2026 au Théâtre de la Bastille