En transposant la tragédie de Shakespeare, Coriolan, dans l'univers du football, Antoine Boizeau figure la fracture entre la ferveur populaire des supporteurs et la logique financière qui anime désormais les grands clubs. Le Cri des supporteurs fait du stade le théâtre d'un affrontement où l'intérêt individuel menace de dissoudre ce qui fonde son esprit, le collectif.
Le préambule donne immédiatement le ton. Accueillis dans le hall, les spectateurs sont plongés dans l'effervescence qui précède un match. Peu à peu, les gradins se transforment en tribune de stade, jusqu'au temps de la représentation qui se joue le temps réel d'un match de foot. Le public est placé au cœur d'un dispositif qui convoque les codes et la ferveur du supporter. La mise en scène d'Antoine Boizeau, assisté de Jade Ordoñez, la scénographie de Jordan Vincent, les lumières de Martin Protais et les créations sonores de Ferdinand Kalfon ancrent la tragédie dans une réalité familière.
L'avidité de Ménénius, président du club, et l'orgueil de Coriolan, buteur brillant, précipitent la fracture. Au mépris de ceux qui font vivre l'âme du club, les dirigeants imposent leur logique économique, tandis que la figure du joueur vedette célèbre sa réussite individuelle. Tarifs des abonnements disproportionnés et culte de la performance rongent peu à peu l'esprit d'un sport dont la force tient pourtant à sa capacité à fédérer et rassembler.
La transposition de la tragédie de Shakespeare prend tout son sens. Brutus et Sicinius, figures d'une expression populaire qui refuse d'être réduite au silence, se confrontent à Ménénius et Coriolan, pour qui le pouvoir et la réussite personnelle priment sur le collectif. Volumnia, mère et agent de Coriolan, comme les figures médiatiques qui gravitent autour du match, prolongent les jeux d'influence et de manipulation de la tragédie originelle de Shakespeare. Le football devient prétexte à rejouer les rapports de force d'une société où la voix du plus grand nombre ne pèse plus face aux intérêts de quelques-uns.
Les comédiens Maxime Berdougo, Boris Bégard, Antoine Boizeau, Ryan Daoudi, Sylvain Jouret et Marie-Stéphane Cattanéo déplacent la tragédie dans un univers résolument contemporain. En s'emparant des codes du stade et de sa dramaturgie, la mise en scène fait du football plus qu'un décor, une expérience collective, traversée par les contradictions d'un sport où l'attachement populaire se heurte à sa marchandisation.
Le cri des supporteurs d'Antoine Boizeau librement inspiré de Coriolan de William Shakespeare et Bertolt Brecht du 7 au 17 octobre au Théâtre de l’Échangeur et du 14 au 22 novembre, coup d’envoi à 19h30 au Théâtre du 3ème type

