Uma Luz Cordial - Capítulo III da Trilogia Cadela Força de Carolina Bianchi

 


Après avoir exploré le trauma du viol sous emprise de sédatifs puis la violence inscrite dans l'histoire de l'art, Carolina Bianchi clôt sa trilogie par une proposition plus intime dans laquelle elle explore la violence du processus d'écriture. Avec Uma Luz Cordial, l'autrice et performeuse brésilienne s'aventure là où la création cesse d'apparaître comme une promesse de salut pour révéler sa part de souffrance. 

Omniprésent, le chant XXV de La Divine Comédie irrigue la représentation. À la manière d'un guide infernal, Dante nous ouvre le chemin de la mystérieuse et brutale forêt de la création. Écrire n'a rien d'un geste rédempteur. Écrire fragmente, consume, dévore.

Pensé comme un livre dont les pages se déplieraient sous nos yeux, Carolina Bianchi structure sa performance en une succession de cahiers. Des cahiers traversés par les voix et les présences d'autres écrivains. Comme autant d'alter ego, Emily Dickinson, Hilda Hilst ou Alberto Greco apparaissent comme des compagnons de route, des fantômes familiers penchés sur l'épaule de l'autrice. En hommage à ses figures de la littérature, Carolina Bianchi leur consacre chacun un chapitre, retenant le point ultime de leur œuvre.
Si certes, elle décrit l'ultime performance d'Alberto Greco qui mit en scène son suicide, on retient surtout au Chapitre III, la mise en scène du Carnet rose de Lori Lamby, d'Hilda Hilst. S'emparant du répugnant journal intime d'une enfant de huit ans, incarné au plateau par une marionnette, qui consigne ses relations sexuelles avec des hommes adultes, Carolina Bianchi prolonge le geste provocateur d'Hilda Hilst qui le définit elle-même comme un acte d'agression, fustigeant l'avidité morbide du marché de l'édition.
 
Carolina Bianchi donne corps à son bréviaire de littérature pour toujours éclairer son expérience de la création. En figurant l'écrivaine amenée de force sur la scène, Uma Luz Cordial expose et explose notre rapport à la lecture. La solitude du cahier rejoint l’expérience collective du théâtre. 
Par la performance, Carolina Bianchi éclaire la violence mystique d'un acte désespéré qui consiste à formuler ce qui justement résiste à toute forme. À cette impossibilité, la réponse de Carolina Bianchi est scénographique. Par l'entrelacement des corps nus en ébullition et de la littérature, la scène devient le lieu où se structure le désordre de la pensée, où se mêlent l'élan vital et le désir de disparition, la nécessité d'écrire et la violence qu'elle suppose. Le sang coule, les corps tourbillonnants se percutent, Carolina Bianchi ne cherche pas à expliquer l'écriture, elle cherche à lui donner un corps. 
 
Entre conférence intime et rituel performatif, Uma Luz Cordial se vit comme une plongée vertigineuse dans cet espace paradoxal où la création touche à la fois à l'enfer et au sublime. 
 

Uma Luz Cordial -  Capítulo III da Trilogia Cadela Força de Carolina Bianchi du 4 au 7 juillet à l'Opéra Grand Avignon dans le cadre du Festival d'Avignon 2026 
Crédit photos : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon 

https://festival-avignon.com/fr/edition-2026/programmation/uma-luz-cordial-354929

Avec : Rodrigo Andreolli, Larissa Ballarotti, Carolina Bianchi, Lucas Delfino, Joana Ferraz, Flow Kountouriotis, Fernanda Libman, Amanda Lyra, Danielli Mendes, Carolina Mendonça
Conception, texte, mise en scène et scénographie : Carolina Bianchi
Le texte contient un extrait du livre « O Caderno Rosa de Lori Lamby » de Hilda Hilst
Révision du texte : Larissa Ballarotti
Traduction pour le surtitrage : Marina Matheus (Anglais), Thomas Resendes (Français)
Dramaturgie et recherche : Carolina Mendonça
Direction technique, création sonore et musique : Miguel Caldas
Assistanat à la mise en scène : Murillo Basso
Réalisation du décor et design graphique : Luisa Callegari
Lumière : Jo Rios
Vidéo et projection : Montserrat Fonseca Llach
Costumes : Luisa Callegari, Carolina Bianchi
Stage à la mise en scène : Thomas Médioni
Régie plateau, assistanat de production : AnaCris Medina
Direction de production, administration de tournée et communication : Carla Estefan
Relations internationales, production et diffusion : Metro Gestão Cultural (Brésil)

Production: Metro Gestão Cultural (Brésil), Carolina Bianchi Y Cara de Cavalo

Coproduction :  KVS Koninklijke Vlaamse Schouwburg (Bruxelles), Theater Utrecht, Festival d’Avignon, Odéon–Théâtre de l'Europe (Paris), Festival d’Automne à Paris, Comédie de Genève, Biennale di Danza di Venezia, Vienna Festival (Wiener Festwochen) | Free Republic of Vienna (Vienne), Holland Festival (Amsterdam), Les Célestins – Théâtre de Lyon, Divine Comedy International Theatre Festival (Cracovie), Kunstenfestivaldesarts (Bruxelles), HAU Hebbel am Ufer (Berlin), GREC Barcelona, Teatro Nacional de Catalunya (Barcelone), Maillon, Théâtre de Strasbourg – Scène européenne

Résidences : La Fabrica du Festival d'Avignon, KVS Brussels and Utrecht Theatre-NL

Soutien : Tax shelter van de Belgische Federale Overheid, The Ammodo Foundation-NL

Soutien pour le 80e Festival d'Avignon : Camões - Centre culturel portugais à Paris Représentations en partenariat avec France Médias Monde

Sophie Trommelen, vu le 6 juillet 2026 à l'Opéra Grand Avignon, dans le cadre du Festival d'Avignon 2026.