GRAND PEUR ET MISERE DE LA Vème REPUBLIQUE de Bertrand de Roffignac

 

S'inspirant de Bertolt Brecht qui dans Grand-Peur et misère du IIIe Reich disséquait les mécanismes autoritaires qui ont permis au pouvoir nazi de s’installer et d'imposer sa dictature, Bertrand de Roffignac observe la société française dans sa chute à venir.  
Grand Peur et Misère de la Vᵉ République, un préquel annonciateur du pire. 

Après l'univers fantasmagorique du Grand Œuvre de René Obscur, Bertrand de Roffignac poursuit son exploration des imaginaires contemporains à travers le récit d'un producteur et d'un réalisateur, aussi enthousiastes qu'amateurs, résolus à créer le film d'horreur ultime. Quoi de plus terrifiant alors qu'un vampire pédophile nazi caché dans la cave d'une pizzeria ? Le postulat donne le ton de la représentation dans laquelle la fabrique de paranoïas contemporaines nourrit le matériau dramatique.

Conservant la structure en tableaux de Brecht, Bertrand de Roffignac, de son esthétisme aussi sombre que fantasque, brouille les frontières du récit et compose une succession de scènes qui s'imbriquent comme les fragments d'un cauchemar collectif. Présentateurs du JT obscènes, complotistes flippants, chanteur instagramable, les personnages de Grand Peur et Misère de la Vᵉ République cherchent tous à se situer à la bonne place du récit médiatique et nous plongent dans l'horreur de leur posture nauséabonde.

Ce qui intéresse Bertrand de Roffignac n'est pas tant la peur que sa fabrication. Le spectacle met en lumière le discours médiatique ambiant qui réactive des réflexes les plus archaïques et nourrit en flux continu l'impression d'une menace permanente. Le gauchiste, la femme transgenre, l'artiste subventionné, l'immigré, le terroriste ou encore l'intelligence artificielle deviennent autant de menaces, bâties sur des mythes bien entretenus, qui nourrissent l'angoisse collective. À force de désigner de faux ennemis, la société finit par occulter celui qui s'installe insidieusement sous ses yeux, l’extrême droite.

Acteurs, chanteurs, musiciens, danseurs et circassiens, Maximilien Seweryn, Louis Albertosi, Céline Cheenne, Perrine Mechekour, Rodolphe Menguy, Charlotte Planchou, Nemo Schiffman, Victorien Bonnet, Carla Legay, Zakary Bairi et Matteo Lochu déploient l'esthétisme gothique et sublimement allégorique du Théâtre de la Suspension. Forte de sa maîtrise du récit qui jamais ne se détache des possibles du plateau, la troupe joue des dialogues, du mouvement, des costumes, de la musique, pour installer un univers qui use du théâtre comme l’endroit ultime de la parabole.

La salle rit puis se fige, quand revenus de mai 2027, les comédiens exhortent le public, avec une bienveillance glaçante, à en profiter tant qu'il en est encore temps.
Avec Grand Peur et Misère de la Vᵉ République, Bertrand de Roffignac réussit ce tour de force de confronter le cauchemar fasciste à une réalité bien tangible et nous plonge dans le vertige effrayant du monde à venir.
 

Grand peur et misère de la Vème République, une création du Théâtre de la Suspension du 16 au 25 septembre 2026 à L'Anomalie

Texte et mise en scène : Bertrand de Roffignac
Avec : Maximilien Seweryn, Louis Albertosi, Céline Cheene, Perrine Mechekour, Rodolphe Menguy, Charlotte Planchou, Némo Schiffman,Victorien Bonnet, Carla Legay, Zakary Bairi, Matteo Lochu.
Assistanat à la mise en scène : Carla Legay
Création lumière et vidéo : Gérald Groult
Création Costumes : Anastasia Dorotchik
Création Sonore : Rodolphe Menguy & Leonard Vanderhaegen
Régie Plateau : Matthieu d’Aurey
 

L’ANOMALIE est un lieu artistique temporaire porté par la troupe du Théâtre de la Suspension. Installé dans l’ancienne Académie de la Grande Chaumière à Paris, le projet propose d’investir un espace chargé d’histoire pour y expérimenter une forme de théâtre autonome, intensément habité par les artistes et ouvert à de multiples pratiques.

Plus qu’un simple lieu de programmation, L’ANOMALIE fonctionne comme un laboratoire vivant, où une troupe assume la direction artistique, l’accueil des artistes invités et l’animation d’un écosystème créatif. Cette occupation temporaire vise à expérimenter concrètement un modèle alternatif de diffusion culturelle, capable de retisser des liens entre création artistique, territoire et public.

Sophie Trommelen, vu le 17 septembre 2026 à L'Anomalie.