Revenue au monde cinq siècles après sa mort, Thérèse d'Avila, seule, désemparée, incomplète, privée d'un corps dont les membres sont devenus des reliques dispersées aux quatre coins du monde, a tout à reconstruire. Entre errance et marginalité, la mystique du XVIe siècle, réincarnée dans le XXIe siècle, trouve alors le salut dans la transe électro qui surgit comme une nouvelle forme d'élévation.
La metteuse en scène Aurélie Lüscher et la comédienne Estelle Meyer s'emparent du texte aussi singulier que drôle de Paco Bezerra, Je meurs de ne pas mourir, les deux vies de Thérèse. Fidèle au texte et à la traduction de Clarice Plasteig, l'adaptation situe d'abord Thérèse d'Avila dans son contexte historique. Une hagiographie décomplexée à la première personne qui retrace le parcours d'une femme qui choisit la vie religieuse pour échapper au destin qui lui était assigné. Loin d'une image solennelle, la sainte apparaît comme une femme libre, volontaire, convaincue que la prière relève avant tout d'une expérience intérieure.
Après avoir incarné Sarah Bernhardt ou Gisèle Halimi, Estelle Meyer prête son énergie débordante à cette nouvelle icône féminine. Se détachant de l'exercice formel du portrait, la comédienne compose une Thérèse fantasque, drôle, excessive. Entre adresse directe, humour et élans musicaux, Je meurs de ne pas mourir transforme la figure de Thérèse d'Avila en une héroïne résolument contemporaine qui, de l'extase mystique à la pulsation électro, revient à la vie, réapprend à habiter son corps meurtri et reconquiert sa liberté.
Sainte Thérèse en queen électro, Estelle Meyer, flamboyante, assume le grand écart. Peu importe que cette femme revenue d'entre les siècles soit sainte, visionnaire ou hallucinée, ce qui importe ici est le mouvement qui la traverse.
Je meurs de ne pas mourir (Les deux vies de Thérèse) d'Aurélia Lüscher du 16 au 30 septembre au Théâtre de la Bastille

