
Exhibit A se construit comme la lecture d'une pensée en train de s'écrire. Écran projeté en live, Sihame Haddioui tape sur son clavier sa pensée fulgurante. Un dispositif d’écriture au plateau qui percute juste là où le cœur palpite.
De son enfance, de souvenirs compilés dans un langage à l'oralité évidente, Exhibit A donne à entendre une voix qui ne se dévoile que par l'écrit. Une adresse directe par écran interposé.
Dès le début de la représentation, prémisses d'une pensée qui toujours s'ancre dans le politique, Sihame Haddioui interroge la douleur de son corps. Nous sommes les chevilles ouvrières endolories de l'Europe. Enfant d'immigrés, la souffrance d'un corps dont elle ressent l'inconfort dès ses huit ans, ne vient pas de nulle part. Cette douleur, Sihame Haddioui l'assimile très vite comme l'héritage de séquelles structurelles liées aux conditions de travail de ses parents dont la pénibilité des métiers use.
Un héritage de la douleur, d'un rapport au corps meurtri, contraint, parce qu'opprimé et qui façonne intrinsèquement les rapports familiaux.
En exhibits, comme autant de pièces à conviction, Sihame Haddioui déroule le lexique de l’armoire à pharmacie familiale, où l'antidouleur est plus facile à prendre en cachet qu'à regarder en face. Cette douleur, Sihame Haddioui s'en empare et la dénonce, nourrie de cette volonté tenace de dire l'invisibilité, la honte, la stigmatisation qui jamais n’empêche l'amour de se faufiler dans les failles.
La nuit, Sihame Haddioui ment mais n'a pas l’héritage culturel de Bashung pour s'en laver les mains, sur scène pourtant elle saute à l'élastique.
Mise en scène par Ilyas Mettioui, la performance suit le rythme d'une pensée en mouvement où l'émotion est toujours palpable. L'écriture s’accélère, les mots parfois s'embrouillent quand l'évocation des souvenirs familiaux est trop vivace, s'effacent d'un coup de supprime sur le clavier quand ils pleurent ou crient trop fort. Souvent les mots sourient. Et puis ce soir-là, Sihame Haddioui chante.
Exhibit A est de ces rares spectacles dont on appréhende qu'il se finisse, qui, quand la lumière se rallume, se vit comme une séparation qui vous déchire. Après tant d'intimité partagée, de connivence éprouvée, comment rester seul.e avec une charge émotionnelle qui déborde de tous les côtés.
Exhibit A est définitivement de ces spectacles qui vous bousculent au bon endroit, vous bouleversent.
Par son intelligence scénique et son approche résolument politique de la performance, Sihame Haddioui signe un spectacle d'une rare humanité.
Exhibit A de Sihame Haddioui à 17 heures au Théâtre des DOMS du 4 au 25 juillet dans le cadre du Festival OFF d'Avignon 2026
https://lesdoms.eu/spectacle/exhibit-a/
Écriture et performance : Sihame Haddioui
Mise en scène : Ilyas Mettioui
Scénographie : Micha Morasse
Lumière : Lou Van Egmond
Régie générale : Gleb Panteleef
Regard dramaturgique : Ilyas Mettioui
Assistance à la mise en scène : Clara Bellemans Moya
Stagiaire : Babette Verbeeck
Regard extérieur : Adeline Rosenstein
Production : Le Boréal ASBL
Production déléguée (création) : Les Halles de Schaerbeek.
En coproduction avec : Le Festival Latitudes Contemporaines, en partenariat avec le Rideau de Bruxelles et de l’Atelier 210.
Avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Accueil en résidence : La Bellone, La Maison Poème (2023) et aux Halles de Schaerbeek (2025).
Soutien : La Bellone-Maison du Spectacle, Les Rencontres à l’Échelle (Marseille), Festival Shubbak (Londres), Points Communs (Scène Nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise) et Actoral.
Diffusion : Matthieu Goeury (diffusion)
Prix Découverte aux Prix Maeterlinck de la Critique 2025
Sophie Trommelen, vu le 12 juillet 2026 au Théâtre des DOMS