
Variation subtile et singulière sur les figures tchékhoviennes, A Lonely Place de la Compagnie du Dagor conjugue les codes de la science-fiction au langage du théâtre pour interroger notre rapport à la vie, à nos désirs, à nos espoirs.
Dans un décor d'un blanc immaculé, le domaine, cher à Tchekhov, matérialisé au plateau par un simple canapé, se figure en un espace graphique, flottant et indéterminé dans lequel Sacha, Elena, Michel et Alexeï conversent. Ils sont sur le départ.
Cette scène inaugurale, les comédiens Marie Blondel, Julien Bonnet, Marianne Fontaine et Côme Thieulin la rejouent, puis la rejouent, encore et encore. Coincés dans une boucle temporelle, les personnages reviennent toujours à l'endroit d'où ils partent sans jamais arriver à s'en extraire. À l'image des héros de Tchekhov, ils demeurent empêchés, suspendus entre nostalgie d'un monde qui s'efface et désir d'un ailleurs qui ne vient jamais.
La Compagnie du Dagor donne ici une matérialité saisissante à cet empêchement qui prend la forme concrète d'une prison temporelle. Pourtant, au loin, le sifflement des oiseaux et le bruit des sabots d'un cheval au galop résonnent comme la promesse d'une issue possible.
Peu à peu, de ces conversations ordinaires répétées à l'infini, les comédiens font surgir par interstices subtils, un regard, un silence, l'ébauche d'une émotion nouvelle.
Puis vient la rupture. Les lumières de Samuel Bourdeix et les créations sonores d'Adrien Ledoux fissurent brutalement la mécanique de la répétition. La machine déraille.
S'emparant des motifs du théâtre tchékhovien, la villégiature, l'ennui, la difficulté d'agir, A Lonely Place figure des êtres enfermés dans un présent immobile, un air figé d'ennui, mais toujours traversés par le désir d'inventer autre chose. Peu importe que cette tentative soit grandiose, brulante ou modeste et dérisoire, l'essentiel réside dans cet élan qui pousse encore à agir malgré tout et permet de rompre l'ennui et de s'extirper de sa bulle.
Dans cette atmosphère de fin du monde à la fois étouffante et suspendue, la Compagnie du Dagor ouvre des brèches sensibles. Une belle métaphore du théâtre, comme la possibilité ténue d'une échappée.
A Lonely Place de la Compagnie du Dagor à 20h25 du 4 au 23 juillet au Théâtre du Train Bleu dans le cadre du Festival OFF d'Avignon 2026
Durée 1h05
Tout public à partir de 14 ans
avec : Marie Blondel, Julien Bonnet, Marianne Fontaine, Côme Thieulin
textes : Cie du Dagor, Anton Tchekhov
création sonore : Adrien Ledoux
lumière & régie générale : Samuel Bourdeix
chorégraphie : Génia Chtchelkova
costumes : Sarah Leterrier
presse : Delphine Menjaud-Podrzycki – delphine@menjaud.com – 06 08 48 37 16
diffusion / Bureau Les envolées – Stéphanie Bonvarlet -
stephanie@bureaulesenvolees.com – 06 76 35 45 84
photos : Thierry Laporte / Guillaume Cousty
production : Cie du Dagor
coproduction : Gallia Théâtre-Scène conventionnée Art et création de Saintes,
Scène nationale d’Aubusson-Théâtre Jean Lurçat
accueils en résidence : Théâtre de l’Union-CDN du Limousin, Scène nationale d’Aubusson-Théâtre Jean Lurçat, Expression 7-Limoges, Gallia Théâtre-Scène conventionnée Art et création de Saintes.
Sophie Trommelen, vu le 8 juillet 2026 au Théâtre du Train Bleu.
