
En interrogeant les possibles de l'adaptation de la littérature pornographique au spectacle vivant, la metteuse en scène, dramaturge et performeuse brésilienne Janaina Leite s'empare du roman de Georges Bataille Histoire de l’Oeil pour donner corps à un Conte de Fées Porno noir assumé. Là où le théâtre cultive l'art de l'allusion lorsqu'il s'agit de représenter la sexualité, elle choisit au contraire la frontalité. Une frontalité qui repose sur un pacte de confiance constamment réaffirmé entre les performeurs et les spectateurs.
À partir de deux questions adressées à ses performeurs, quel est ton rapport à la pornographie ? Et quel chapitre du roman de Georges Bataille choisis-tu de représenter ? Janaina Leite entremêle témoignage documentaire et adaptation fictionnelle.
Les récits personnels viennent contaminer le texte de Bataille tandis que la fiction éclaire les expériences intimes des interprètes.
De cette confusion des deux formes, naît un théâtre aussi transgressif que joyeux. Peu à peu, ce qui semblait être une adaptation du roman devient surtout sa déconstruction. Le texte de Bataille est relu à travers une sensibilité contemporaine qui annihile les rapports de pouvoir et les héritages d'une sexualité longtemps pensée depuis un regard masculin dominant.
Plus que la pornographie elle-même, Janaina Leite place au centre de son travail la question du regard. Jusqu'où sommes-nous prêts à suivre ce qui se joue au plateau ? La metteuse en scène n'abandonne jamais cette interrogation. Le consentement du spectateur devient même une matière dramaturgique à part entière. L'intention de la représentation n'est jamais de choquer, ou de trahir la réception d'une expérience qui se veut connivente, complice et, si chacun le souhaite, participative.
La performance de fist-fucking interprétée par Isabel Soares, ou la lecture d'un extrait de Bataille, pendant un acte sexuellement explicite, prennent des allures de veillée collective. L'explicite cesse d'être une fin en soi pour devenir un objet de réflexion partagé. De la même manière, la célèbre scène de corrida du roman trouve son prolongement dans une performance de suspension corporelle qui transpose la violence du rituel sans jamais la reproduire littéralement. Là où l'animal subissait, le corps du performeur choisit, maîtrise et transforme l'épreuve en geste artistique.
Le spectacle invente les conditions pour que ces pratiques puissent être regardées autrement.
André Medeiros Martins, Armr'Ore Erormray, Carô Calsone, Cusko, Georgia Vitrilis, Ian Figlioulo, Isabel Soares, Janaina Leite, Lucas Scudellari, Tadzio Veiga, Ultra Martini et Vini The Kid investissent le plateau comme un espace d'expérimentation collective où l'intime, le politique et le performatif se répondent constamment.
Furieusement festive, História do Olho bouscule les codes de la représentation. Janaina Leite réussit le pari rare de faire coexister la transgression et la bienveillance, l'explicite et l'écoute. Dans cet espace protégé qu'elle construit avec ses interprètes et son public, la véritable provocation ne réside plus dans ce qui est montré, mais dans le regard moral que l'on choisirait de porter sur ce qui s'y joue.
História do Olho de Janaina Leite les 28 et 29 mai au Carreau du Temple
programmé dans le cadre du Paris Globe Festival
Création 2022
Concept, dramaturgie et mise en scène : Janaina Leite
Dramaturgie et assistance à la mise en scène : Lara Duarte et André Medeiros Martins
Interprètes : André Medeiros Martins, Armr’Ore Erormray, Carô Calsone, Cusko, Georgia Vitrilis, Ian Figlioulo, Isabel Soares, Janaina Leite, Lucas Scudellari, Tadzio Veiga, Ultra Martini et Vini The Kid
Performance de suspension : Darktitah, Darkinho, Georgia Vitrilis, Jafa di Lamba, Pamkhada, Pombo Morcego et performers invités
Compositions et performances originales : André Medeiros Martins, Ultra Martini et Vini The Kid
Régie lumière : Wagner Antônio
Conception des costumes : Melina Schleder
Entraînement corporel et direction technique : Lara Duarte
Production musicale : Mateus Capelo
Construction scénique : Edson Luna et Wanderley Wagner da Silva
Conception du mannequin articulé : Tadzio Veiga
Gestion de production originale : Carla Estefan (Metropolitana Gestão Cultural)
Arrangements sonores, conception et régie son : Renato Navarro
Régie lumière : Felipe Tchaça
Régie générale : Leticia Karen
Réseaux sociaux : André Medeiros Martins
Soutien : Teatro Mars ; Centro Cultural da Diversidade ; Onda – Office national de diffusion artistique
Coproduction : MITsp – Festival International de Théâtre
Présenté par Prêmio Zé Renato para a Cidade de São Paulo (Prix théâtral Zé Renato)
Gestion de production et diffusion – Ariane Cuminale (VUELA)
Sophie Trommelen, vu le 28 mai 2026 au Carreau du temple