Pays Bonheur ou le mercredi sans retour d’après Emmanuel Darley de Thierry de Pina

 


Dans ce troisième opus du triptyque initié par Thierry de Pina autour des textes d’Emmanuel Darley, Pays bonheur prolonge son geste profondément humaniste en portant la voix de celles et ceux que l’on n’entend pas.

Après Qui va là, qui nous plongeait dans les eaux troubles de la défaillance sociale à travers la figure d’Alexandre, et Le Mardi à Monoprix, où il incarnait Marie-Pierre, silhouette fragile et flamboyante, Thierry de Pina poursuit son exploration du répertoire d’Emmanuel Darley en adaptant Le Bonheur, publié en 2007.

Elias est parti sans se retourner. Il s’en souvient, c’était un mercredi. Il a pris la route, porté par une promesse, celle d’un ailleurs, d’un pays bonheur. Peu importe le Dieu qu’il prie, le pays qu’il quitte ou celui qu’il espère atteindre, Pays bonheur floute les repères géographiques, culturels et politiques pour toucher à une vérité universelle, celle de femmes, d’hommes et d’enfants qui empruntent au péril de leur vie les routes migratoires vers un Eldorado fantasmé.

Avec seulement quatre chaises pour accessoires, Thierry de Pina figure le long périple d’Elias. Quatre chaises qui deviennent tour à tour le camion qui l’emmène jusqu’à la frontière, la cale du cargo dans laquelle il traverse des eaux mouvementées, ou les étages de l’immeuble délabré qu’il habitera avec tant de laissés-pour-compte dans ce pays bonheur. Une scénographie minimale qui ouvre un champ immense à l’imaginaire.

Accompagné par les compositions musicales d'Hicham Chahidi et les créations lumières de Nicolas Thibault, Thierry de Pina déploie une galerie de figures avec une justesse troublante. Passeur, patron, policier, autant de visages d’un monde qui exploite, rejette, contrôle.

Le comédien porte seul cette traversée. Dans cette solitude du plateau s’impose toute la force du spectacle, une parole nue, sans détour, qui nous place face à une réalité que l’on préfère souvent tenir à distance. Entre ceux qui ne sont jamais arrivés et ceux qui ne repartiront jamais se dessine une frontière invisible, celle qui sépare l’espoir du désœuvrement.
Dans cette simplicité presque brute, Thierry de Pina atteint une forme d’évidence. Une présence sans artifice, où l’authenticité devient, plus que jamais, un acte essentiel.

 


Pays Bonheur ou le mercredi sans retour d’après Emmanuel Darley de Thierry de Pina du  8 janvier au 2 avril au Théâtre Le Guichet Montparnasse puis à La Scala Provence dans le cadre du Festival OFF d'Avignon 2026 

Mise en scène : Thierry de Pina
Avec : Thierry de Pina
Musique : Hicham Chahidi
Lumière : Nicolas Thibaut
Direction d’acteur : Emmanuelle Lorre
Regards extérieurs : Sylvie Dutheil et Carole Scotto-Di-Fasano
Soutiens : DRAC PACA, Théâtre National de Nice, Les Arts d’Azur le Broc, Théâtre de la Libé, Ville de Nice, Département des Alpes Maritimes

Sophie Trommelen, vu le 2 avril 2026 au Théâtre le Guichet-Montparnasse