La Puce à l’oreille de Georges Feydeau mise en scène Lilo Baur

 

Cinquième mise en scène à la Comédie-Française, la comédienne et metteuse en scène suisse Lilo Baur réenchante La Puce à l’oreille de Georges Feydeau. En véritable cheffe d’orchestre d’une féérie délicieusement outrancière, elle dirige une troupe éblouissante, portée par une mécanique de précision jubilatoire.

Raymonde Chandebise appelle à la rescousse sa meilleure amie, Lucienne Homénidès de Histangua, pour élaborer un plan supposé infaillible afin de démasquer son mari infidèle. Infaillible, c’est la mécanique comique de Georges Feydeau qui l’est véritablement, un art du quiproquo poussé jusqu’au vertige, où chaque malentendu en engendre un autre, dans une spirale que Lilo Baur et les comédiens de la troupe du Français maîtrisent à la perfection.

Lilo Baur se saisit de cette partition avec une acuité remarquable. Rythme millimétré, ruptures, accélérations, silences, tout concourt à faire entendre la précision d’une écriture où le comique naît de la rigueur. Le plateau devient un espace de jeu au cordeau, où chaque entrée, chaque geste, chaque regard participe à une chorégraphie savamment orchestrée.

Le choix de situer l’action dans les années 60 s’impose avec évidence. Lilo Baur en cultive le charme suranné à travers les costumes d’Agnès Falque aux couleurs chatoyantes et aux coupes impeccables, comme échappés d’un magazine de mode au papier glacé. Derrière cette élégance feutrée affleure le désordre, les apparences qui vacillent.
La scénographie d’Andrew D. Edwards, astucieuse, accompagne et amplifie le mouvement. Au-delà de poser un cadre, elle devient moteur du jeu, partenaire des acteurs, au service d’une dramaturgie fondée sur la surprise, le surgissement et la disparition de ses personnages qui se cachent, se croisent et se manquent. Sylvia Bergé, Alexandre Pavloff, Serge Bagdassarian, Nicolas Lormeau, Gilles David, Julien Frison, Claire de La Rüe du Can, Pauline Clément, Yoann Gasiorowski, Birane Ba, Nicolas Chupin, Jordan Rezgui et Morgane Real s’emparent de ces imbroglios avec une virtuosité réjouissante. Tous jouent sur le fil, entre dextérité et débordement, laissant affleurer à chaque instant une physicalité proche du burlesque. 
 
Lilo Baur a bien compris que, chez Georges Feydeau, il ne s’agit pas seulement de faire rire. Derrière les portes qui claquent et les quiproquos à répétition, c’est tout un théâtre du couple qui se dévoile : désir contrarié, jalousie, fantasmes, mensonges feutrés. L’hôtel du Minet-Galant devient alors le lieu du paradoxe, là où les masques et accessoirement, les robes de chambre, tombent et où les corps sont pris dans des mouvements instinctifs qui les dépassent.
Sous le vernis bourgeois, Lilo Baur figure une humanité débordée par ses propres désirs, emportée dans une mécanique qui, à force de précision, finit par frôler l’absurde. Dans ce tourbillon parfaitement réglé, le rire surgit, franc, irrépressible.

 


 

La Puce à l’oreille De Georges Feydeau mise en scène par Lilo Baur jusqu'au 10 mai 2026  au Théâtre Nanterre- Amandiers dans le cadre de la Comédie-Française Hors les murs

Mise en scène : Lilo Baur
Avec : Sylvia Bergé Alexandre Pavloff Serge Bagdassarian Nicolas Lormeau Gilles David Julien Frison Claire de La Rüe du Can Pauline Clément Yoann Gasiorowski Birane Ba Nicolas Chupin Jordan Rezgui Morgane Real et Lila Pelissier Diego Andres Alessandro Sanna Sara Valeri Stéphane Daublain Scénographie : Andrew D Edwards
Costumes : Agnès Falque
Lumières : Fabrice Kebour
Musiques originales et son : Mich Ochowiak
Réglage des mouvements : Joan Bellviure
Collaboration artistique : Katia Flouest-Sell
 
Production : Comédie-Française
Coréalisation : Théâtre Nanterre-Amandiers - CDN
 
 
Sophie Trommelen, vu le 25 mars 2026 au Théâtre Nanterre-Amandiers