Le Grand Meaulnes d’après le roman d’Alain-Fournier d'Emmanuel Besnault

 Le metteur en scène et comédien Emmanuel Besnault donne corps au récit de l'adolescence par excellence, chef-d’œuvre littéraire où se mêlent, tourbillonnants, les premiers élans de l’amour, de l’amitié et du désir. Unique roman d’Alain-Fournier, fauché à 27 ans aux premiers mois de la Grande Guerre, Le Grand Meaulnes, n'est pas tant un roman d'apprentissage qu'un roman d'aventure et d’émancipation qui entraîne ses personnages dans une quête jamais assouvie de l'enchantement originel, de la réminiscence du vertige.

L’adaptation adopte judicieusement le point de vue rétrospectif du roman. À partir de la découverte, dans un grenier, du journal d’Augustin Meaulnes, Emmanuel Besnault fait surgir un théâtre du souvenir, où le passé affleure par fragments vertigineux.

Augustin Meaulnes incarne cette figure de l’adolescence en rupture. Son arrivée vient troubler l’univers encore clos de l’enfance de François Seurel, narrateur et témoin de cette irruption qui bousculera à jamais son univers paisible. Dès son premier jour, Meaulnes disparaît, fugue, et découvre un domaine mystérieux en fête. Là, au cœur des préparatifs d'une noce joyeuse, parmi des silhouettes costumées et fantasques, il rencontre Yvonne de Galais et se laisse emporter par une émotion qui sera fondatrice. Mais la fête se dérobe. L’enchantement se brise. De retour à la pension, Meaulnes n’aura de cesse de poursuivre la trace de cette féerie perdue, courant après la magie de cet instant fixé en lui à jamais.

Le comédien incarne avec justesse cette adolescence prolongée, cet âge indéterminé où l’on n’est plus tout à fait enfant sans être encore adulte, traversé par une mélancolie tenace et une soif de liberté démesurée. En interprétant, seul au plateau, le narrateur François Seurel, Emmanuel Besnault préserve notre imaginaire de spectateur et de lecteur. Augustin Meaulnes reste ancré dans sa légende romantique et mélancolique, silhouette insaisissable, figure presque fantomatique, condamnée à fuir et à désirer.

La scénographie, gracieuse, accompagne ce mouvement intérieur. Dans des teintes ocres élégantes, elle devient le prolongement sensible de cette quête, où chaque image entre euphorie et beauté triste semble prête à s'évanouir. Les accessoires habitent le récit esquissant d'une robe scintillante l'être aimé, d'une marionnette, l'enfant chérie. Les lumières délicates et l'omniprésence des motifs musicaux au piano figurent la douce mélancolie inhérente au style d'Alain-Fournier. 

Magistral, Emmanuel Besnault  déploie la fascination et le mystère de ces éternels adolescents avec une délicatesse irrésistible. 


 Le Grand Meaulnes d’après le roman d’Alain-Fournier jusqu'au 14 juin 2026 au Théâtre Le Lucernaire Adaptation, mise en scène, scénographie, lumières, création sonore et interprétation : Emmanuel Besnault

Crédit photo: © Cédric Vasnier  

Sophie Trommelen, vu le 05 avril 2025 au Théâtre Le Lucernaire