En figurant le testament qu'un père, Adam, lègue à sa fille Aimée, le comédien et metteur en scène Adama Diop, qui dans son Odyssée se rêvait poète, s'affranchit du rythme tourbillonnant du monde pour revenir à la forme originelle du poème.
Ce soir, sur la scène du Théâtre du Rond-Point, Adama Diop exhausse son rêve et pose l'écoute.
Déployant des images poétiques plurielles, Adama Diop figure le monde tel qu'il va, un monde lancé vers sa propre disparition, emporté par ses excès, sa violence et ses aveuglements. A force de rivalité, cupidité et impunité, l'homme a créé son propre monstre. L'humanité a fini par dévorer Gaïa, la Mère Terre. Le langage fécond des animaux a laissé la place à celui de la désolation, de la soumission, de l'agression.
En léguant à sa fille l'utopie mélancolique de ses derniers instants, Adam lui transmet aussi sa mémoire et son espoir, un espoir ancré dans une terre natale capable de recueillir l'humanité, de l'envisager, de l'embrasser. Sublime Afrique, berceau de la mémoire de l'humanité, mère des origines et promesse de lendemains enchanteurs. Dans l'Apocalypse d’Adam et Aimée d'Adama Diop, Aimée s'accorde au féminin et s'énonce en Wolof.
La présence au plateau des musiciens et chanteurs Dramane Dembélé et Jessica Martin-Maresco accompagne le rythme musical du récit et se fait l'écho de voix qui dialoguent en harmonie. Croisant au plateau des formes multiples, le récit théâtralisé, la vidéo, la musique et le chant, invitant le wolof et convoquant la poésie d'Aimé Césaire, Adama Diop, tisse l'espace de son écriture comme une balade traversée de réminiscences sensibles.
Déployant les thématiques qui hantent son théâtre, à la fois revendicateur quand il dénonce la violence de la répression des révoltes populaires, engagé quand il en appelle au sursaut de l’humanité pour préserver ses richesses, Adama Diop ne sépare jamais le poétique du politique. Pourtant, s'il nomme la violence du monde, il refuse de s’y arrêter. L'apocalypse d'Adama Diop ne signifie pas tant la destruction que la révélation.
En cherchant dans la langue ce qui peut encore unir, ce qui peut encore relier, Adama Diop témoigne de la puissance du langage et du pouvoir de la transmission, seuls capables de maintenir nos esprits en éveil.
visuels © Simon Gosselin
L'Apocalypse d'Adam et Aimée d'Adama Diop du 8 au 18 avril au Théâtre du Rond-Point
Conception, texte et jeu Adama Diop
Avec des extraits de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire (éditions Présence Africaine)
Musique et chant Jessica Martin-Maresco
Musique Dramane Dembélé
Costumes Mame Fagueye Ba
Lumières Louisa Mercier
Son Mathilde Tirard
Vidéo Pierre Martin Oriol
Son Mathilde Tirard
Vidéo Pierre Martin Oriol
Production Comédie de Caen — CDN de Normandie
Avec le soutien du Théâtre du Rond-Point
Avec le soutien du Théâtre du Rond-Point
Sophie Trommelen, vu le 8 avril 2026 au Théâtre du Rond-Point

