Extinction de Julien Gosselin


 

Brisant définitivement le quatrième mur, Julien Gosselin explose les codes du théâtre avec Extinction, nouvel opus magistral en trois parties radicalement différentes dans leurs formes, toutes nihilistes dans le fond.

Ouvrant les festivités par un set électro, Julien Gosselin invite les spectateurs sur la scène. Filmées, les images de la foule sont projetées sur le mur de la cour du Lycée Saint-Joseph. Peu à peu les figures des comédiennes Victoria Quesnel et Rosa Lembeck se détachent. La fiction commence dans ce décor live et survolté. L'instant est fort, et le geste artistique novateur troublant.

Pause.
Les techniciens installent le décor de la deuxième partie qui nous transpose à Vienne dans les années 1900, dans le microcosme de la bourgeoisie intellectuelle des personnages du dramaturge Arthur Schnitzler. Fridolin et Albertine de La Nouvelle rêvée, adaptée au cinéma par Stanley Kubrick (Eyes Wide Shut), Falkenir et Aurélie de La Comédie des Séductions, et Mademoiselle Else s’entremêlent dans ce salon bourgeois raffiné, apogée d'un monde en extinction. Mis en scène dans une dernière soirée apocalyptique, les protagonistes s'épuisent en une orgie intellectuelle, psychanalytique et sexuellement libérée jusqu'à se bruler dans leurs idéaux.
 
Julien Gosselin, fidèle à sa scénographie déjà éprouvée dans le Passé, son adaptation de Léonid Andréïev, surplombe la scène d'un écran géant où sont projetées les scènes filmées en temps réel, alors qu'on devine les comédiens à travers l'embrasure d'une porte entrouverte.
Julien Gosselin transcende la puissance du théâtre et du cinéma pour composer un matériau hybride sans qu'aucun des deux arts n’annihile l'autre. Utilisant la caméra pour filmer au plus près ses personnages et l'infini des possibles de l'interprétation théâtrale, Julien Gosselin bouscule les codes de la représentation avec une intensité prégnante.
 

La troisième partie met en scène le monologue du dramaturge Thomas Bernhard. Le raffinement du décor laisse place à un plateau nu. Rosa Lembeck s'empare du texte acerbe l'Extinction, et dans une conférence théâtrale affirme sa colère contre un passé nauséeux qu'elle condamne et négativise une société qu'elle exulte, une société dépassée, capable d’accoucher des pires horreurs. Brûlant au bûcher nos sociétés contemporaines qu'elle invective, Rosa Lembeck ne veut plus réparer et annonce le refus de toute conciliation possible.

Déconstruisant les codes formels de la représentation, Julien Gosselin, signe un triptyque protéiforme vertigineux. Accompagné de la troupe de la Volksbühne de Berlin, Julien Gosselin continue d'édifier un spectacle vivant résolument moderne, lucide et politique.

 



Extinction de Julien Gosselin du 7 au 12 juillet dans La cour du Lycée Saint-Joseph dans le cadre du Festival d'Avignon

https://festival-avignon.com/fr/edition-2023/programmation/extinction-331908#section-infos 

crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage

Avec : Guillaume Bachelé, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Zarah Kofler, Rosa Lembeck, Victoria Quesnel, Marie Rosa Tietjen, Maxence Vandevelde, Max Von Mechow
Texte : Thomas Bernhard, Arthur Schnitzler, Hugo von Hofmannsthal
Adaptation et mise en scène Julien Gosselin
Dramaturgie Eddy d’Aranjo, Johanna Höhmann
Traduction Henri Christophe, Philippe Forget, Pierre Galissaires, Gilberte Lambrichs, Anne Pernas Francesca Spinazzi, Panthea
Musique Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde
Scénographie Lisetta Buccellato Lumière Nicolas Joubert Son Julien Feryn
Vidéo Jérémie Bernaert, Pierre Martin Oriol
Costumes Caroline Tavernier assistée de Marjolaine Mansot
Cadre vidéo Jérémie Bernaert, Baudouin Rencurel
Assistanat à la mise en scène Sarah Cohen, Max Pross
Accessoires Lisetta Buccellato, David Ferré, Antoine Hespel, Yvonne Schulz, Carlotta Schuhmann Étalonnage Laurent Ripoll
Régie générale et plateau Simon Haratyk, Guillaume Lepert
Régie lumière Zélie Champeau, Manon Meyer
Régie son Manon Poirier
Régie vidéo David Dubost, Philippe Suss
Surtitres vidéo Anne Pernas
Script vidéo Elsa Revcolevschi
Stages techniques Marine Banal, Alix Capossela 
Administration, production, diffusion Eugénie Tesson
Organisation tournée, actions culturelles Marion Le Strat
Administration Olivier Poujol
Direction technique Nicolas Ahssaine

Avec la participation des équipes de Si vous pouviez lécher mon cœur et de Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre national

Troisième partie du spectacle basée sur le roman Extinction : un effondrement de Thomas Bernhard Production Si vous pouviez lécher mon cœur, Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz
Coproduction Printemps des Comédiens (Montpellier), Wiener Festwochen, Le Phénix Scène Nationale Valenciennes pôle européen de création, Festival d’Automne à Paris, Festival d’Avignon, Théâtre Nanterre-Amandiers, Théâtre de la Ville Paris, Maison de la culture d’Amiens, Théâtre de la Ville de Luxembourg, De Singel Anvers
Avec le soutien du ministère de la Culture et pour la 77e édition du Festival d’Avignon : Spedidam 
Avec l’aide du Channel de Calais, Odéon-Théâtre de l’Europe (Paris), École du Théâtre national de Strasbourg
Construction du décor Volksbühne, Ateliers Devineau
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Remerciements Laurent Hatat, Anima Motrix, Théo Vellas et Georges Julien Gosselin et Si vous pouviez lécher mon cœur sont artistes associés au pôle européen de création, le Phénix scène nationale Valenciennes et au Théâtre Nanterre-Amandiers.
Julien Gosselin est quant à lui artiste associé à la Volksbühne de Berlin.
Si vous pouviez lécher mon cœur est soutenu par le ministère de la Culture Drac Hauts-de-France et par la Région Hauts-de-France. Thomas Bernhard est représenté par L’Arche – agence théâtrale.
Thomas Bernhard est représenté par L’Arche – agence théâtrale.
 
Sophie Trommelen, vu le 10 juillet 2023 dans la cour du Lycée Saint-Joseph, dans le cadre du Festival d'Avignon