La Dernière Bande de Samuel Beckett


Au Festival d'Avignon à 21 heures 30 au Théâtre des Halles

C’est le jour de son anniversaire, comme tous les ans Krapp ressort ses vielles bandes magnétiques enregistrées, rangées soigneusement dans ses cartons numérotés.
Il choisit une bande à écouter, et enregistre la nouvelle, celle de l'année écoulée.
Journal intime sonore de souvenirs passés, les bobines consignent son histoire.

La voix enregistrée fait revivre les souvenirs de l’homme qu’il était. Agacé, gêné parfois quand il s'écoute, il a besoin de prendre un peu de recul.
Il n’est jamais facile d’affronter son image, ses souvenirs, de se découvrir. Et puis qu’a-t’il voulu dire ce jour-ci à ce moment précis ? Comment une parole passée résonne t’elle aujourd’hui ?

Le temps est ici marqué par un rituel immuable qui sonne le glas de l’année passée.
Le temps est multiple : passé, présent, futur se confondent en un instant. Cet instant.
Souvenir d’une femme aimée, de la mère partie, la nostalgie embaume l’air de ce jour d’anniversaire.

Le visage habité de Denis Lavant, se fond dans ce décor dépouillé et dépossédé de fioriture.
La lumière, soleil de l’intime, n’éclaire que le bureau, point central du rituel. Comme si le vide de son existence se concentrait en ce moment, à cet endroit.
Pas de masque, pas de maquillage. Tout baigne dans le noir et blanc. Se distingue une seule couleur : le jaune de cette peau de banane, jetée au sol, promesse de chute, de ridicule, de rire moqueur et de souffrance passée ou à venir.

Denis Lavant habite le texte de Beckett et la salle tout entière résonne de son timbre de voix si particulier. Son physique est marqué par le temps d’émotions vécues, ressenties et à venir. Rien n’est fermé, sa gestuelle, son écoute, tout est tendu vers le souvenir que provoque le réveil des émotions.
De sa démarche clownesque, il capture autour de lui l’essentiel, épurant l’atmosphère de gestes ou de mots inutiles.

Denis Lavant impose un silence charismatique et charge l’air d’une puissante présence. Le silence résonne aussi fort que sa voix.

Comment ne pas rapprocher les bobines magnétiques au magnétisme de la bobine de Denis Lavant. Après Cap au pire Jacques Osinski retrouve l’accord parfait. Le théâtre de Samuel Beckett semble avoir trouvé son incarnation dans la pureté du jeu de Denis Lavant, éternel clown mélancolique au salut à la beauté désarticulée.



Metteur en scène : Jacques Osinski
Interprète : Denis Lavant
Scénographe : Christophe Ouvrard
Éclairagiste : Catherine Verheyde
Costumière : Hélène Kritkos
Créateur sonore : Anthony Capelli
Régisseur : Loïs David

Vu le mercredi 19 juillet 2019 au Théâtre des Halles