Badjens de Delphine Minoui

 


Avec sa première mise en scène, Delphine Minoui, lauréate du prix Albert-Londres et grand reporter au Figaro confirme la fulgurance de son regard engagé qui se fait le miroir de la condition féminine iranienne réprimée dans son élan de révolte légitime.
En adaptant son roman Badjens, publié en 2024, Delphine Minoui donne corps à l'oralité prégnante d'un texte qui s'énonce comme un cri irréfrénable. Construit comme un long monologue intérieur, Badjens est le flux tendu de la conscience d'une jeune iranienne qui dès sa naissance prend acte des limites que la société impose à son sexe. 
Le mouvement de protestation Femme, Vie, Liberté naît en Iran à l'automne 2022 après la mort de Mahsa Amini, arrêtée quelques jours plus tôt par la police des mœurs pour port de vêtements jugés inappropriés. Badjens a 16 ans. Déterminée à participer aux soulèvements de cet automne 2022, elle monte sur une benne, briquet à la main, et s'apprête comme des milliers de jeunes iraniennes à bruler son foulard. Delphine Minoui explore la genèse de ce geste d'émancipation. Depuis le ventre de sa mère jusqu'à cette journée d'octobre 2022, elle déroule le fil d'une vie traversée par les injonctions, les interdits et les résistances silencieuses. De Zahra son prénom de naissance, elle choisira celui donné par sa mère Badjens, l’effrontée, un surnom qu'elle porte comme un étendard.
 
D'une évidence prégnante, la comédienne Alice Rahimi s'empare de son personnage avec une rage viscérale déployant le flot de sa parole insoumise en un chant de révolte. Son monologue se figure comme un slam tendu, vif, aussi sensible que percutant. Il y a quelque chose d'indomptable dans l'incarnation d'Alice Rahimi.
À ses côtés, la chanteuse Hura Mirshekari, en alternance avec Fiona Sanjabi, prolonge cette voix singulière en une polyphonie plus vaste. Les chants se font l’écho profond des voix de toutes les Iraniennes qui se lèvent depuis cet automne 2022 défiant l'obligation du port du voile et contestant un système théocratique répressif qui fait de leur corps un instrument de contrôle.
Les compositions électro-punk-rock de Renaud Satre battent au rythme du feu de cette révolte et insufflent à la représentation une énergie vive, électrique. Projetées sur le mur du plateau, les vidéos de Ralph Moussa, nourries d'images captées sur le vif, archives spontanées filmées au smartphone, prolongent le dialogue constant entre la fiction et la réalité historique dont s'inspire la représentation.
 
En donnant corps à l'insoumission de Badjens, Delphine Minoui célèbre une génération de femmes qui ne renonce plus. Portée par l'incandescente Alice Rahimi, la représentation embrasse la colère, l'espoir et la vitalité de celles qui, malgré la répression, continuent d'inventer leur liberté.
Journaliste de terrain et observatrice attentive de l'Iran contemporain, Delphine Minoui transforme avec Badjens un récit politique en une vibrante histoire d'émancipation.
 
 

 
Badjens de Delphine Minoui du 4 au 23 juillet à 18h40 Relâche les vendredis 10 et 17 juillet au 11 • Avignon - Salle 3 dans le cadre du Festival OFF d'Avignon 2026 

D’après le roman de Delphine Minoui (éd. Seuil, 2024)

Texte, mise en scène et scénographie Delphine Minoui
Comédienne : Alice Rahimi
Chant : Hura Mirshekari et Fiona Sanjabi en alternance 2, 4 et 5 juillet : Hura Mirshekari 6-18 juillet : Fiona Sanjabi 19-23 juillet : Hura Mirshekari
Musique : Renaud Satre (N9nE)
Création musicale : Hura Mirsheraki, Fiona Sanjabi et Renaud Satre
Création vidéo : Ralph Moussa
Création lumières : Crystel Fastré (La Fabrique de Théâtre)
Régie : Julie Duquenoy
Administration : Nora Daheur
Production Emilie Ghafoorian
Presse : Isabelle Muraour 

Durée : 1h15 Dès 12 ans

Sophie Trommelen, vu le samedi 6 juin au Trois-Baudets