Le Garçon le plus triste du monde de Martin Nadal



S'extirpant d'un corps silencieux ultra visibilisé jusqu'à en devenir lui-même transparent, Martin Nadal met à nu le garçon qui se cache derrière la perfection de ses contours. Martin est un modèle vivant. Inlassablement, immobile, il pose, offrant son corps au regard appliqué d'artistes qui reproduisent les courbes d'une plastique presque irréelle. Ce corps offert se dessine sous les traits du crayon d'élèves assidus, de professeurs abusifs.
 
Depuis sa sellette où il demeure exposé, assigné à une posture, Martin Nadal reprend peu à peu possession d’un corps bien vivant. Comme une revanche à cette passivité, Martin Nadal restitue la parole de modèles vivants et compose son propre récit. Celui de Nathan, double fictionnel dont la beauté figée se fissure à mesure que surgissent les failles.
Pour seul costume, Martin Nadal porte un masque qui cache son visage quand s'expose la nudité d'un corps donné à voir, un corps beau, surface solide d'un esprit qui se liquéfie.
 
Cherchez le garçon.
Il y a quelque chose du réveil tragique de Taxi Girl dans cette manière d’habiter son propre effacement. Car si ce corps ne semble parfois n’être qu’une forme vide offerte au regard des autres, c’est pourtant à travers lui que le personnage tente désespérément d’exister. A force d’être observé, détaillé, étudié, le corps finit paradoxalement par disparaître derrière sa propre représentation.
 
Jamais voyeuriste, jamais provocatrice, la nudité devient ici un langage. Interpellant le public, questionnant notre manière de regarder, Martin Nadal déplace progressivement notre regard, jusqu’à faire apparaître derrière l’objet esthétique une solitude profondément humaine. Martin Nadal habille sa nudité d'une personnalité sensible et véritablement attachante.
Inspiré du magnifique documentaire The Most Beautiful Boy in the World de Kristina Lindström et Kristian Petri, le spectacle interroge notre fascination pour les corps idéalisés et la violence silencieuse qu’elle produit. Derrière la perfection des lignes apparaît quelque chose de beaucoup plus fragile, le besoin simple et vertigineux d’être regardé autrement.
Dans ce corps soumis à l’épreuve du regard, Martin Nadal, le Garçon le plus triste du monde, fascine autant qu’il bouleverse. 
 
 

Le Garçon le plus triste du monde de Martin Nadal
 
le 24 mai 2026 au Théâtre des 3T dans le cadre de la Quinzaine des fiertés.
du 4 au 19 mai 2026 au Théâtre du Chariot

texte, jeu, et costumes : Martin Nadal 
collaboration artistique: Zoé Guillemaud, Samuel Petit & Clarisse Fougera
regard chorégraphique : Élise Roy
scénographie : Éléna Thiébaut 
dramaturgie : Julia Malye
son : Guillaume Verdegay, Marjorie Barré 
lumière : Mona Marzaq 
masque : Lydia Sevette 
régie : Anna Rohmer
vidéo : Aron Wouters 
 
crédit photos :  © Berlin Blick  

Avec le soutien (accueil en résidence) de : Les Laboratoires vivants - théâtre Francine Vasse (Nantes), Les Fabriques (Nantes), Arzon événements (Arzon), Théâtre des Bains-douches (Le Havre), Centre culturel L’Hermine (Sarzeau), Théâtre de la Reine Blanche (Paris), CND (Pantin), Monbijou Theater (Berlin)

Sophie Trommelen, vu le 18 mai 2026 au Théâtre du Chariot