Vudú (3318) Blixen d’Angélica Liddell

 


Avec Vudu (3318) Blixen, en référence à Karen Blixen qui offrit son âme au diable, en promesse que tout ce qu’elle vivrait désormais serait matière à récit, Angélica Liddell fait du plateau un espace d’incantation où la parole se fait le dernier rempart contre l’anéantissement.

Vudu (3318) Blixen compose, avec Dämon : les funérailles de Bergman et Seppuku : les funérailles de Mishima, le premier volet de la Trilogie des funérailles de Angélica Liddell, qui vient à nouveau hanter la scène de l’Odéon de ses démons, plus puissants que jamais. Ce premier opus éclaire rétrospectivement Dämon, présenté au Palais des Papes en 2024, en ce qu’il expose la genèse d’une renaissance fantasmagorique, celle de l'artiste foudroyée par la trahison amoureuse, conjurant sa mort lente et douloureuse en pactisant avec le diable. S’esquisse alors la logique spectrale des volets suivants, où surgissent les figures de Bergman et de Mishima, convoquées depuis ce royaume des ténèbres que l’artiste habite désormais, en reine poétesse.

S’avouant vieille, triste et laide, survivant à la cruauté de la mort de ses parents et à l’empoisonnement d’un amour toxique, Angélica Liddell s’abreuve de lait et de sang, et troque Dieu contre le Diable. Dans une logorrhée rageuse et frénétique, elle invoque la mort dans ce qu’elle a de plus absurde et injuste, de plus violente et universelle pour enfin ne parler que de lui. La blessure se resserre, intime, implacable, Angélica Liddell déroule le portrait sordide des vices de l'amant malveillant, malhonnête, cruel et lâche dont l'abandon et le silence a été pire que la vie. Tu mourras de mon verbe.

Angélica Liddell possède cette faculté rare d’étirer jusqu’à l’extrême des images à la fois obscènes et bouleversantes, épuisant son débit furieux pour atteindre la souffrance poussée au bord de la rupture.

La scénographie déploie une succession de tableaux allégoriques, oscillant du bleu incandescent à l’obscurité la plus totale, des limbes à l’antichambre de la mort, au rouge incandescent des portes de l’enfer. Vierges, vieillards, figures christiques viennent incarner, prolonger, habiter son verbe flamboyant. Ce crescendo visuel accompagne les métamorphoses de l’artiste qui en sorcière vengeresse trouve l'apaisement, traversée par une mélancolie bouleversante.
C'est dans ce dernier tableau suspendu que quelque chose cède. La rage et le mépris, fulgurances de sa poésie, se déposent dans une forme de repos, sans doute illusoire, qu'elle figure éternel. Une dernière cigarette, Baudelaire dans son linceul, le vol d'un corbeau et 101 coups de canon accueillent ses dernières volontés.
 
Vudu (3318) Blixen, dit la passion, la terreur, la vieillesse qui détruit tout, le présent qui anéantit le passé, un état tel que le seul réconfort est à imaginer qu'il pourrait y avoir pire. Dans ce testament qui la voue à la postérité, Angélica Liddell invoque, brûle, nous survit et nous maudit. Plus qu’un spectacle, une litanie. Plus qu’un récit, un rituel.

 


 Crédit photo: © Luca del Pia

Vudú (3318) Blixen d’Angélica Liddell à l'Odéon Théâtre de l'Europe jusqu'au 12 avril 2026

texte, mise en scène, scénographie, costumes / Angélica Liddell
Avec / Yuri Ananiev, Guillaume Costanza, Ugo Giacomazzi, Angélica Liddell, Mouradi M’Chinda, Juan Carlos Panduro, Gumersindo Puche
lumière  /Javier Ruiz de Alegría
son  /Antonio Navarro
directeur de production : Gumersindo Puche
assistant de production en tournée : Jaime del Fresno
production : Atra Bilis / Iaquinandi SL
en collaboration avec le Festival Citemor (Portugal)
coproduction : Festival Temporada Alta (Girona), Centre de Culture Contemporaine Condeduque 

Angélica Liddell, Vaudou (3318) Blixen, Trilogie des funérailles [vol.I], traduit de l’espagnol par Christilla Vasserot, Les Solitaires Intempestifs, 2024

Sophie Trommelen, vu le 27 mars 2026 à l'Odéon Théâtre de l'Europe