La mort (d)'Agrippine, de Hercule Savinien de Cyrano de Bergerac

Mise en scène : Daniel Mesguich
Avec : Sarah Mesguich, Sterenn Guirriec, Jordane Hess, Joelle Luthi, Yan Richard, Rebecca Stella.
 

Au théâtre Dejazet,
Jusqu’au 20 avril.





 


Cyrano de Bergerac est surtout connu à travers le portrait qu’en a fait, où plutôt le personnage qu’a crée Edmond Rostand.
Daniel Mesguish, lui rend son panache et nous fait découvrir l’écrivain et son unique tragédie jouée pour la première fois en 1653, La Mort d’Agrippine.
 

Agrippine veut venger l’assassinat de son mari commandité par Livilla sa belle-sœur et Tibère, Empereur de Rome.
Elle se lie avec Sejanus, l’amant de Livilla dans un funeste dessein .
Livilla elle-même craint le courroux d’Agrippine et souhaite sa mort ainsi que celle de Tibère.

Dans un jeu de pouvoir où chacun pense déjouer l’autre, complot, hypocrisie et mensonges ponctuent chacun des actes de la tragédie.

L’intrigue est compliquée, les alexandrins d’un autre temps, mais tel un Deus ex machina, Daniel Mesguich, introduit chaque scène d’une voix off, comme sortie de ces ténèbres vertigineuses. Il décrit minutieusement chaque scène afin que le spectateur puisse profiter de ce qui va se jouer sans avoir à se perdre dans les méandres d’un texte exigeant.

Tout au long de la pièce le faux s’entremêle au vrai .

Tout est double et manipulation : le sens des mots, l’intention des personnages, leur parole.
Les confidents miment les tirades déclamées par ces tyrans assoiffés de vengeance.
Chaque alexandrin énonce un mot et son contraire :
Agrippine : ‘Pour paraître innocente, il faut être coupable’
 

Les costumes accentuent à merveille cette duplicité : contemporains et sauvages, sophistiqués et primitifs, ils sont tout à la fois et, les matières multipliées et superposées, transforment les personnages selon qu’ils tournent le dos ou font face à leur ennemis ou confidents.
Par cette force de mise en scène, les tableaux, dans une beauté baroque, sèment le trouble et font surgir d’une diction sans faille la violence à chaque vers.
 

Daniel Mesguish enrobe chaque alexandrin dans un écrin précieux. Au delà de l’histoire, il met en scène le langage à travers une diction hypnotisante, une lumière inquiétante et des costumes somptueux.