La Collection, de Harold Pinter.


 Mise en scène de Ludovic Lagarde
Traduction Olivier Cadiot.
Avec Mathieu Amalric, Valérie Dashwood, Micha Lescot et Laurent Poitrenaux.

Au Théâtre des Bouffes du Nord.
jusqu'au 23 mars 2019.



 


Dans un décor cosy, deux intérieurs bourgeois se côtoient, la magnifique scène des Bouffes du Nord est séparée en deux.
L'appartement du couple de Dandy, Harry et Bill est composé de deux fauteuils accueillants et d'alcools posés sur un mini-bar.
Une méridienne et un tourne disque posé à même le sol douillet d'une moquette épaisse façonne l’intérieur du couple que forment James et Stella.

Harry rentre de soirée, il retire et pose le masque dont il s'était paré. Le personnage de Mathieu Amalric, charismatique, élégant, semble à l'aise dans ce jeu de dupe propre au monde de la nuit.
Il reçoit un appel énigmatique destiné à son jeune compagnon styliste, Bill.
C'est James qui appelle, puis, qui le lendemain vient sonner à leur porte.
James envahit petit à petit le décor de Harry et de Bill. Il veut comprendre, savoir, si, et peut être simplement pourquoi, sa femme et Bill ont eu une relation, un soir dans cet Hôtel de Leeds.

Les personnages évoluent d'un décor à l'autre de façon intrusive. L'intimité n'existe plus qu'en haut de ce grand escalier où trône la chambre de Harry, et que chacun des trois personnages masculins, emprunteront, rejoignant Bill.
Micha Lescot incarne ce personnage sensuel, beau, objet des passions de chacun. 

La femme, Stella, existe par sa seule présence qu'elle impose, féminine et élégante.
Valérie Dashwood est parée d'atours, bottée, un fin bracelet qui traîne sur la table basse, un manteau de fourrure, des pauses nonchalantes. Une Bardot à la Gainsbourg.

Dans cette pièce chacun porte un masque sans jamais vraiment le faire tomber.
Stella a-t'elle trompée James? Bill a t'il passé la nuit avec elle? que désire vraiment James?
Laurent Poitrenaux incarne toute l'ambivalence du personnage de James, dominé, dominant, violent et si faible à la fois.
Non-dits, masques, vérités, alcools et sensualité se mêlent et sèment le trouble.

Les sons, tel le bruissement d'un journal qu'on chiffonne, le grésillement d'un 33 tours, la sonnerie du téléphone, deviennent des personnages secondaires et contribuent à une ambiance stylisée et voluptueuse.

Bill, qu'Harry stigmatise comme venant de la zone, devient la zone de confort de tous, ce petit plus, cette olive que l'on plonge dans un verre d’alcool.

Ludovic Lagarde met en scène l'univers énigmatique d'Harold Pinter dans un rythme de jeu subtil qui colle à la peau des personnages, décorrélés du quotidien, nonchalants. La musique enrobe la pièce d'un écrin suspendant l'action dans un huit clos psychologique et sensuel, enivrant et envoutan
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