Du Misanthrope au Cardinal de Violette Erhart et Sylvain Martin

 

 
 
Violette Erhart et Sylvain Martin s'emparent du personnage d'Alceste et nous proposent une variation en trois chapitres autour de la figure du Misanthrope.
Trois chapitres pour trois auteurs, Molière, Courteline et Jacques Rampal, trois époques et trois styles. 
Molière ouvre donc le bal de la trilogie de Violette Erhart et Sylvain Martin "Du Misanthrope au Cardinal".
 
Dans un alexandrin décomplexé, Luc Franquine et Sylvain Martin s'emparent des personnages d'Alceste et de Philinthe.
Trop souvent dépeint comme un vieux bougon taciturne, Luc Franquine fait naître toute la complexité du personnage d'Alceste, plus moderne et plus profond.
Convainquant, Luc Franquine incarne son personnage entre la colère et l'incompréhension des mœurs de son temps. Torturé entre son amour pour la mondaine Célimène et son besoin de solitude et d'isolement, Alceste est véritablement prisonnier de son mal-être. Philinthe, Sylvain Martin, lui donne la réplique d'un naturel qui fait naître un véritable dialogue entre les deux amis. 

Célimène est avant tout une femme libre, Violette Ehart lui donne cette naïveté, mêlée à un profond besoin de liberté. Célimène se perd dans les mondanités, dans une frivolité qui, si elle l'amuse, ne l’épanouit pas. Orante, Axel Gangl, le marquis, Mahmoud Ktari ainsi qu'Arsinoé, Benjamin Gourzev, imposent leur présence dans ce monde fait de médisances et d'égos surdimensionnés. Chacun se tourne autour avec une intention par toujours louable et vient entraver un équilibre devenu impossible.
La musique, le champagne qui coule à flots délient les langues et font surgir les incompréhensions et les jalousies.

Violette Erhart et Sylvain Martin condensent la pièce de Molière et nous disent l'essentiel : l'impossible communication entre deux êtres pris au piège des codes de la société. En modernisant la pièce, l'adaptation montre toute l'intemporalité du texte de Molière. Les réseaux sociaux et le monde de la nuit ont remplacé les salons mondains, et le paraître n'a jamais perdu de son écrasante arrogance dans notre société actuelle. 
La force de la mise en scène est de ne pas sacrifier la langue à la modernité de l'adaptation.
Si les téléphones ont remplacé les billets, l'alexandrin ne perd pas de son charme et les acteurs le font vivre avec une fluidité réjouissante.
 
 
 
 
 

 
 

Le Misanthrope, Chapitre premier de la trilogie Du Misanthrope au Cardinal de Violette Erhart et Sylvain Martin  au Théâtre de la Croisée des chemins, Salle Belleville.

Le dimanche, jusqu’au 31 décembre 2021

Direction : Violette Erhart et Sylvain Martin 
Interprétation : Violette Erhart, Luc Franquine, Alex Gangl, Benjamin Gourvez, Mahmoud Ktari et Sylvain Martin
 
Vu le 3 octobre au Théâtre de la Croisée des chemins, Salle Belleville