Il n'y a pas de Ajar de Delphine Horvilleur

 

 

A travers le personnage imaginaire d'Abraham Ajar, Delphine Horvilleur fustige dans un monologue puissant et éminemment politique le piège des refuges identitaires et fait l'éloge de nos fêlures, nos contradictions et nos différences.

Évoluant dans un dédale de colonnes de miroirs, réfléchissants une image jamais figée, la comédienne et metteuse en scène Johanna Nizard incarne ce personnage fictif qui se débat avec les obsessions de notre époque
Abraham Ajar, est né du double littéraire de Romain Gary, Émile Ajar. Ce fils à la génétique fictionnelle et au prénom à l'évocation religieuse écrasante évolue dans le trou juif de Madame Rosa, héroïne de La vie devant soi, qui finira ces jours dans ce refuge caverneux.
Dans cette mise en abyme vertigineuse, le monologue se construit. Le récit à l'ironie mordante mêle alors des épisodes bibliques et littéraires et introduit une réflexion dissonante du discours ambiant.
De qui sommes-nous les enfants ?
Nous courrons après ce que nous sommes, alors que nous sommes la somme de nos manques, de ce qui nous échappe, de psychés transmises loin de tout ADN descriptible. En perpétuelle transition notre identité n'est pas un lieu unique, immuable qui nous enferme. Nous sommes le résidu de l'histoire et des histoires, celle de nos aïeux, celle des pages avalées dans les bibliothèques, un tout baignant dans des cultures parfois proches parfois dissonantes mais qui nous constituent en tant qu'être multiple et protéiforme.
Abraham Ajar, du haut de son improbable descendance, revendique sa non-identité. Titi parisien des rues de Belleville ou créature fantasque, Johanna Nizard déploie avec un magnétisme envoûtant un plaidoyer à contre-courant des dictats identitaires qui envahissent le discours contemporain.
 
Delphine Horvilleur met à mal la culture de l'identité unique et ouvre la voie à la transmission inconsciente qui nous façonne et dont la richesse naît du multiple, fusion multiculturelle d'un sang impur et traumatique qui se nourrit d'une appropriation permanente du monde qui nous entoure et nous échappe.
Convoquant la figure de Romain Gary, Delphine Horvilleur rend un vibrant hommage à la littérature, mère d'entre toutes les mères et à travers une théâtralité vibrante bouscule de son regard critique l’avènement des revendications identitaires.

 

Crédits photos : Pauline Legoff

Il n'y a pas de Ajar de Delphine Horvilleur jusqu'au 1er octobre au Théâtre de l'Atelier

Texte édité aux Éditions Grasset
Mise en scène : Johanna Nizard et Arnaud Aldigé 
Avec : Johanna Nizard
Collaboratrice artistique à la mise en scène : Frédéric Arp
Conseil dramaturgique : Stéphane Habib
Regard extérieur : Audrey Bonnet
Création maquillage et perruque : Cécile Kretschmar en collaboration avec Jean Ritz
Création costumes : Marie-Frédérique Fillion
Création sonore : Xavier Jacquot
Scénographie et création lumières : François Menou
Création décor : Les Mécanos de la Générale
Crédit photographie Almaïm
Production En Votre Compagnie Coproduction Théâtre du Montansier – Versailles, Théâtre Romain Rolland de Villejuif, Les Plateaux Sauvages, Communauté d’agglomération Mont-Saint-Michel – Normandie, Comédie Picardie
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages et du 909, espace de transmission et de production artistique
Avec le soutien du Fonds SACD Théâtre
Projet soutenu par le Ministère de la Culture, la DRAC Île-de-France et la Région Île-de-France Spectacle soutenu par l’ADAMI et le dispositif ADAMI Déclencheur