Jours de Joie d'Arne Lygre m.e.s de S.Braunschweig

 


 

Stéphane Braunschweig met en scène la dernière pièce d'Arne Lygre créée à Oslo en 2021.

Un banc, posé sur le plateau, baigné dans une douce lumière automnale, accueille notre regard.
Attendant Arkle, sa mère et sa sœur se retrouvent dans un parc, endroit familier pourtant public, propice à la discussion et aux souvenirs.
Le dialogue se noue entre la mère et la fille.
Assises sur ce banc, leur quiétude est bousculée par l'arrivée d'un couple qui se sépare et se donne un dernier rendez-vous, puis d'une veuve et de deux fils qui viennent se recueillir avant un dernier adieu à leur défunt mari et père disparu.
Les discussions alors s'entremêlent, se faisant l’écho des bonheurs et des malheurs de chacun, de ce qui fait le quotidien d'une vie, d'une humanité, notre contemporanéité.
 

De ce moment d'intimité rompu, jaillit un maillage naturel de confidences qui parlent à tous. La parentalité, la séparation amoureuse, le deuil, les mots de chacun se nouent et composent, sous un semblant de banalités, le nœud de nos vies.

Le point de bascule de l'annonce de la disparition volontaire d'Arkle conforte cette idée que l'on ne se définit que par rapport à l'autre. Et ce, parfois en s’éloignant. 
Jours de joie nous parle d'altérité. Ce qui nous rend heureux, ce qui nous déstabilise, ce qui nous rend joyeux ou désemparé, est toujours lié à notre rapport à l'autre, à sa présence ou son absence, à ce qu'il nous apporte, à ce qu'il nous arrache.
On ne peut haïr que si l'on a aimé, on ne peut se désespérer que de ce qu'on a espéré. 
 
Stéphane Braunschweig met en scène avec une fluidité de chaque instant le texte d'Arne Lygre.
Assis sur un banc, dans un parc public, ou sur un canapé, dans la chaleur d'un salon, peu importe le contexte, les acteurs usent de cette parole qui circule et qui permet à chacun de se situer, d'exister et de faire front aux blessures.
Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Alexandre Pallu, Pierric Plathier, Lamya Regragui, Muzio Chloé Réjon, Grégoire Tachnakian, Jean-Philippe Vidal dans une parole chorale rejouent avec une touchante véracité le théâtre de la vie, de nos quotidiens bousculés, de nos moi sensibles.
Jours de joie tisse des récits qui entre eux s'imbriquent, se répondent, se nuancent et se complètent. Vivre c'est survivre à la distance, à la fuite, à la disparition et à la perte de ceux qu'on aime en cherchant à conforter nos abandons dans de nouvelles connivences.
Un instant de douleur peut se faire joie s'il est dit, verbaliser, partager.
 
L'automne, cet automne qui jonche le sol de feuilles mortes appelle inexorablement un printemps à venir.
Un Jours de Joie, une adaptation sensible et lumineuse.
 
 


 
Jours de Joie d’Arne Lygre, création à l'Odéon Théâtre de l'Europe jusqu'au 14 octobre 2022 

mise en scène et scénographie : Stéphane Braunschweig
avec : Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Alexandre Pallu, Pierric Plathier, Lamya Regragui, Muzio Chloé Réjon, Grégoire Tachnakian, Jean-Philippe Vidal,
traduction française : Stéphane Braunschweig Astrid Schenka
collaboration artistique : Anne-Françoise Benhamou
collaboration à la scénographie : Alexandre de Dardel
costumes :  Thibault Vancraenenbroeck
lumière : Marion Hewlett
son : Xavier Jacquot
assistante à la mise en scène :  Clémentine Vignais 

production Odéon-Théâtre de l’Europe avec le soutien du Cercle de l’Odéon

Sophie Trommelen, vu la 20 septembre 2022 à l'Odéon, Théâtre de l'Europe.