La Cerisaie d’Anton Tchekhov m.e.s. Clément Hervieu-Léger


Au loin, les sifflements du train annoncent le retour de Lioubov qui revient sur ses terres après cinq années d'absence. Lioubov retrouve les siens, la maison et la cerisaie.
Le bruissement des feuilles, le sifflement des oiseaux, la douceur des souvenirs embaument la salle et nous enveloppent d'une grâce rassurante.
Délicate, délicieusement classique, la mise en scène de Clément Hervieu-Léger nous installe dans la chambre d'enfant de cette vieille bâtisse pleine de souvenirs.

Pourtant le monde s'effondre.
La famille est en ruine, la cerisaie doit être vendue. Le monde extérieur rattrape cette aristocratie qui refuse de vivre dans le présent et s'enferme dans ses souvenirs et ses privilèges.
 
Le monde binaire construit sur les rapports du maitre et du moujik s'écroule, les privilèges et la servitude sont désormais abolis. Anton Tchekhov pose son regard sur la société Russe de ce début du XXème siècle qui évolue, à l'image des estivants qui s'installent en villégiature.
 

La nostalgie devient alors un refuge de ce temps qui se délie. La chambre d'enfant, la petite commode, nourrissent le déni de Lioubov et de son frère Gaev qui jouent comme des enfants quand Lopakhine leur parle de l'avenir de la propriété.

La troupe de comédiens porte en chacun le romantisme de ces caractères qui s'équilibrent. La mélancolie se mêle à l'élégance des personnages pris dans une tourmente dont les murs de la bâtisse ne peuvent plus les protéger. 

Michel Favory, Véronique Vella en alternance avec Julie Sicard, Éric Génovèse, Florence Viala, Loïc Corbery, Nicolas Lormeau, Adeline d’Hermy, Jérémy Lopez, Sébastien Pouderoux, Anna Cervinka, Rebecca Marder et  Julien Frison, les comédiens de la Comédie Française, incarnent avec ce naturel envoûtant qui leur est propre ce microcosme qui se désintègre.
La nuance des personnages incarnés par Florence Viala, tendre Lioubov ou Loïc Corbery, magnifique Lopakhine, oscillent entre espièglerie et exaspération et appuient la profondeur des bouleversements qui s'opèrent. 
 
Clément Hervieu-Léger suspend le temps qui alors s'étire comme pour mieux prévenir une chute inexorable.

 


 

 

La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène de Clément Hervieu-Léger
Jusqu'au 6 février 2022  à la Comédie Française 

Traduction : André Markowicz et Françoise Morvan
Mise en scène : Clément Hervieu-léger 
Scénographie : Aurélie Maestre
Costumes : Caroline de Vivaise
Lumière : Bertrand Couderc
Musique originale : Pascal Sangla
Son : Jean-Luc Ristord
Travail chorégraphique : Bruno Bouché
Collaboration artistique : Aurélien Hamard-Padis 
Assistanat aux costumes : Claire Fayel
 
Avec Michel Favory Firs, laquais, vieillard 
Véronique Vella en alternace avec Julie Sicard: Charlotta Ivanovna, gouvernante
Éric Génovèse : Gaev, Leonid Andreevitch, frère de Lioubov
Florence Viala Lioubov Andreevna Ranevskaïa, propriétaire terrienne
Loïc Corbery : Lopakhine, Iermolaï Alexeevitch, marchand
Nicolas Lormeau : Simeonov- Pichtchik, Boris Borissovitch, propriétaire terrien
Adeline d’Hermy : Varia, fille adoptive de Lioubov 
Jérémy Lopez :Trofimov, Piotr Sergueevitch, étudiant
Sébastien Pouderoux:  Epikhodov, Semione Panteleevitch, employé 
Anna Cervinka : Douniacha, bonne
Rebecca Marder : Ania, fille de Lioubov
Julien Frison Iacha : jeune laquais 
et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française
Vianney Arcel : chef de gare
Robin Azéma : un employé de la poste
Jérémy Berthoud : un passant
Héloïse Cholley : une domestiqu
Fanny Jouffroy : une invitée 
Emma Laristan : une invitée 

 
 
 
photo Brigitte Enguérand 
 
Vu le 15 novembre 2022 à la Comédie Française, salle Richelieu.