Ruy Blas de Victor Hugo



Le son des cuivres, sous une lumière bleue et un plateau nu, annonce le drame romantique de Victor Hugo, Ruy Blas, mit en scène par Yves Beaubesne.
La pièce de Victor Hugo dépasse l'intrigue amoureuse pour s'attaquer aux privilèges de classe qui infectent la cour d'Espagne de ce XVIIe siècle.

Don Salluste veut compromettre la reine après qu'elle l'ait condamné à l'exil pour avoir refuser d’épouser la servante qu'il a déshonorée.
Dans un jeu de dupe et de tromperie, Don Salluste se sert d'une veste d'apparat qu'il pose sur les épaules du jeune laquais Ruy Blas pour tromper l’œil de la reine. Mais l'habit, qui marque l'appartenance à un rang social, ne cachera pas le vrai cœur de celui qui le porte et qui conquerra le cœur de la reine.

Véritable fable sociale, Ruy Blas dépasse le drame romantique pour devenir un pamphlet historique et social.
François Deblock interprète un Ruy Blas convaincant, à l 'allure frêle et fragile, qui emporte l'attachement de la reine par son âme pure et son sens de la justice.
Il prouve en cinq actes qu'il mérite ce rang que sa naissance ne lui a pas accordé.
De l'habit, Yves Beaubesne en fait une présence. Il dénonce l'apparat, le faire valoir d'une société qui ne réussira pourtant pas à cacher le mérite de celui qui le porte et qui l'emporte.
Chez Victor Hugo, avec l'insolence qui lui est due, c'est la grandeur d'âme et non l'hérédité qui fait la légitimité.

Yves Beaubesne a cerné tout l'enjeu du texte de Victor Hugo. Il habille les ministres de masques d’animaux, devenus de véritables prédateurs qui pillent et mènent le pays à sa perte.
Noémie Gantier incarne une reine follement humaine, habillée d'une robe d'or et de soleil qui semble surgir d'un tableau de Klimt, d'une Peau d'âne de Cocteau.

Les genres théâtraux s’entremêlent sur la scène pour mieux porter un texte riche qui fait rire, rêver, autant qu'il dénonce.
Le lyrisme des intermèdes musicaux contrastent avec la froideur d'un drame à l'allure shakespearienne. Les amours interdites, pourtant si pures et sincères sont controversées par une société immorale et vénale. 
Dans une scénographie pleine d’ombres et de rouages, Damien Caille-Perret illustre les plans machiavéliques qui se jouent ci.
Sur la scène nue, habitent un instant les pas d'un jeune laquais qui, pris sous l'effet de l’alcool, s’anime d'une danse bancale et désarticulée à l'image de la vie, faite de situations burlesques, drôles, parfois tendres, et qui annoncent pourtant le tragique.

Thierry Bosc et Zacharie Féron, magnifiques Don Sallustre et Don Cesar, entourent de leur caractère bien trempé le jeune héros romantique, Ruy blas, vers de terre amoureux d'une étoile.

Yves Beaubesne met en scène une fable d'une modernité bouleversante et rend vivant plus que jamais l'alexandrin décomplexé de Victor Hugo.
Le spiritueux se mêle au spirituel et exulte l'essence de l'écriture de Victor Hugo, à la fois poète et homme engagé, aux convictions politiques avouées et tranchées.
L' ascension sociale ne devrait plus être un conte de fée mais l'échappatoire possible d'une condition sociale injuste et dictée par la tyrannie d'un pouvoir en place dont la légitimité repose sur un passif incertain.






Jusqu'au 15 mars au Théâtre Gérard Philippe, Centre dramatique de Saint-Denis

Ruy Blas de Victor Hugo
mis en scène : Yves Beaunesne


Avec : Thierry Bosc, François Deblock, Zacharie Féron, Noémie Gantier, Fabienne Lucchetti, Maximin Marchand, Guy Pion, Jean-Christophe Quenon, Marine Sylf
Et les musiciennes Anne-Lise Binard et Elsa Guiet

Conseil artistique : Marion Bernède
Dramaturgie : Jean-Christophe Blondel
Scénographie : Damien Caille-Perret
Lumière : Nathalie Perrier :
Création musicale : Camille Rocailleux
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Maquillage, coiffures et masques :Cécile Kretschmar
Maître de chant : Haïm Isaacs
Assistanat à la mise en scène : Pauline Buffet, Laure Roldàn
Production La Comédie Poitou-Charentes, Centre dramatique national, avec le soutien du ministère de la Culture (Drac Nouvelle-Aquitaine), de la Région Nouvelle-Aquitaine et de la Ville de Poitiers. Coproduction Fêtes Nocturnes du Château de Grignan, Théâtre de Liège, Théâtres de la Ville de Luxembourg, Théâtre Montansier, Théâtre d’Angoulême - Scène nationale. Avec la participation artistique de L’ENSATT et du Studio-Théâtre d’Asnières.