Le Misanthrope de Molière, mise en scène d'Alain Françon


Le Théâtre de la ville accueille l'événement de cette rentrée théâtrale à l'Espace Cardin : Alain Françon met en scène le Misanthrope de Molière .

La scène s'ouvre sur un salon gigantesque, raffiné et épuré. Les talons claquent sur le marbre froid du sol, damier d'un jeu de duperies.
Les habits d'époque se transforment en costumes et cravates pour les hommes et en robes haute couture pour les femmes gantées. La modernité du décor s'accorde à la diction des acteurs qui s'accaparent l'alexandrin, le rendant évident et intemporel.

Alain Françon épure la pièce de Molière et atteint son but : il met en scène des hommes dénués de naturel, où chaque mot, chaque attitude semblent déformés par l'hypocrisie ambiante.

Les bons sentiments n'existent pas, ni sentiment amoureux, ni véritable amitié. La générosité a disparu du caractère de ces nobles qui se retrouvent dans ce grand salon froid.
De la mise en scène d'Alain Françon, aucun personnage ne sort vraiment grandi.
Alceste (Gilles Privat ) a ce côté boudeur et colérique et en arrive à devenir agaçant par trop de rigidité.
Célimène (Marie Vialle) est froide et peu généreuse et médit plutôt qu'elle séduit.
Philinte (Pierre-François Garel) se fond dans ce que l'étiquette attend de lui sans véritablement chercher à sauver Alceste .

Tous ont perdu le recul d'une nature vraie et généreuse.
Le regard  personnel d'Alain Françon  met en avant un texte sombre derrière la comédie.

Gilles Privat incarne avec conviction un Alceste mal à l'aise entouré de ses semblables.
Il porte la cravate verte,  malicieuse référence aux rubans verts, chers à Molière :
"Pour l'homme aux rubans verts, il me divertit quelquefois,
avec ses brusqueries, et son chagrin bourru;
mais il est cent moments, où je le trouve le plus fâcheux du monde."
Hors de ses excès de colère, il se cache dans un coin d'ombre de la scène, assis sur son petit tabouret de velours, loin de la lumière. Son sac de voyage à l'épaule, Alceste fuit sans pourtant racheter une conduite emportée et peu avenante.

Dans un huit clos glacial, Alain Françon met en scène la froideur des personnages et creuse au plus profond du texte de Molière.
Dans un jeu d'ombre et de lumière, il dessine un entre-soi dans lequel ces nobles se retrouvent et il brise leur éclat à travers ce jour qui décline tout au long de la pièce.
L’apothéose du final signe la fin de deux heures de plaisir d'écouter le texte et de voir évoluer des personnages dirigés sous un angle neuf et personnel.




Le Misanthrope au Théâtre de la Ville - Espace Cardin jusqu'au 12 octobre 2019.
de Molière
Mise en scène Alain Françon
Avec David Casada, Pierre-Antoine Dubey, Daniel Dupont, Pierre-François Garel, Gilles Privat, Lola Riccaboni, Joseph Rolandez, Régis Royer, Dominique Valadié, Marie Vialle.

Assistant à la mise en scène
Dramaturgie David Tuaillon
Décor Jacques Gabel
Lumières Joël Hourbeigt
Costumes Marie La Rocca Musiques Marie-Jeanne Séréro
Son Léonard Françon
Coiffure maquillage Cécile Kretschmar