Vivre sa vie, adaptation libre du film de Jean-Luc Godard



Au Festival d' Avignon, à 19 heures au Théâtre des Halles.

Charles Berling adapte le film de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie.
Il reprend les douze tableaux du film qui compose la vie de Nana.
Comment oublier la magnifique Anna Karina qui emplit l’écran avec sa coupe à la Louise Brooks et ses grands yeux ravageurs.
Nana quitte Paul et l’enfant qu’ils ont eu ensemble. Elle veut retrouver sa liberté, devenir actrice et… vivre sa vie.
De petits boulots en fins de mois difficiles, répondant aux sollicitations des hommes, elle prend le chemin de la prostitution.

L’adaptation de Charles Berling s’ouvre sur une piste, image du cirque de la vie. Le public est face à un grand miroir.
Des interviews d’actrices, un tableau de Toulouse Lautrec, Sophia Loren... Défilent des portraits de femmes mises en scène par des hommes, ‘dirigées par des hommes, conseillées par des hommes’
Charles Berling donne le ton, la féminité n’est pas chose aisée et les rapports homme-femme s’inscrivent dans des rapports de domination.

Pauline Cheviller entre en scène avec sa frange et son imperméable. Si sa ressemblance avec Anna Karina est frappante, elle interprète Nana sans jamais chercher à imiter l’héroïne du film.

Pauline Cheviller est tout entière à la théâtralité. Ses mouvements du corps, sa diction, lorsqu’elle mime le travail effréné et abrutissant du travail à la chaîne exprime toute la dramaturgie de la vie de Nana.
Elle se fait poupée de cire désarticulée et offre sa fine silhouette au spectateur devenu voyeur derrière le miroir, fenêtre indiscrète de l’indicible.

L’adaptation de Charles Berling se démarque du film de Jean-Luc Godard par un choix de mise en scène cru et sans détour.
L’esprit punk de Virginie Despentes et son King Kong Théorie planent sur la scène.
la musique électro et la guitare live appuient cette ambiance rock à l’esprit percutant.
Hélène Alexandridis, Sébastien Depommier et Grégoire Léauté se parent de ces vêtements de nuit, costumes indécents d’une vie décadente.

Charles Berling joue avec le miroir qui fait face au public.
Il le transforme en un support où défilent en ombres chinoises les passes et les clients de Nana.
L’homme se fait ogre et dévore le corps frêle de Nana.
Charles Berling ne nous raconte pas une belle histoire, il ose. Il casse un peu plus le mythe de la prostituée. Ses femmes devenues objets ont quelque chose à dire. La pièce expose leurs regards parfois contradictoires sur leur travail.
Rien en tous cas ne vient contredire la violence de leur quotidien.

Avec respect, Charles Berling prend le contre pied de la sobriété du film de Godard pour offrir une pièce éclatante qui fait du bruit et résonne fort en nous.
Le film de Godard est un filigrane à partir duquel Charles Berling exulte et entraîne ses acteurs dans un travail de plateau où chacun semble libre de vivre sa vie mais toujours dans les limites du cercle de la piste, tels des fauves enfermés et pris au piège. Le dompteur devient le proxénète de ces vies précaires à l’équilibre fragile.
Une adaptation percutante qui, dans un charme baroque, se fait l’écho de textes forts et de paroles essentielles.






Adaptation libre du scénario du film de Jean-Luc Godard accompagné des textes de Virginie Despentes, Marguerite Duras, Henrik Ibsen, Bernard-Marie Koltès, Grisélidis Réal, Sophocle, Frank Wedekind, Simone Weil
Mise en scène : Charles Berling
Avec Hélène Alexandridis, Pauline Cheviller, Sébastien Depommier et Grégoire Léauté
Dramaturgie : Irène Bonnaud
Scénographie Christian Fenouillat
Lumière : Marco Giusti
Musique : Sylvain Jacques
Vidéo : Vincent Bérenger et Cyrille Leclercq
Coiffure et maquillage Cécile Kretschmar
Costumes Marie La Rocca
Assitante costumes Léa Perron
Assistant mise en scène Matthieu Dandreau
Chorégraphie Lyse Seguin
Régie générale Olivier Boudon Régie lumière Nicolas Martinez
Régie son/vidéo Christophe Jacques
Construction décor Espace et Compagnie (69)