Tous des Oiseaux de Wajdi Mouawad

 



Eitan, Jérémie Galiana, étudiant allemand d'origine israélienne installé à New york rencontre Wahida, Souheila Yacoub. De cette superbe scène à la bibliothèque universitaire naît une histoire d'amour. Convaincu que Wahida est la femme de sa vie, Eitan veut la présenter à ses parents et à son grand-père installés à Berlin. Il les convie à New-York pour la Pâque juive.
Alors qu'ils sont tous assis à table, Wahida attend patiemment de faire son entrée. Mais les présentations n'auront pas lieu.
La seule évocation du prénom de Wahida va déclencher une crise sans pareil au sein de la famille.
Eitan d'une innocence naïve découvre la violence que déclenche l'évocation de son idylle.
Ce n'est pas Wahida, mais tout le conflit israélo-palestinien que son père entend dans la simple connotation de ce prénom. Peu importe qui elle est, son origine édifie d'emblée un mur d'incompréhension et de colère entre le père et le fils.
La famille plonge alors dans un conflit où l’intime se noie dans l'histoire, une histoire qu'Eitan ne considère pas comme sienne.
 
Raphaël Weinstok, le père, Judith Rosmail, la mère, Rafael Tabor, le grand-père et ensuite, Leoro Rivlin, la grand-mère, incarnent magistralement ces caractères en proie à leur histoire personnelle, bousculée par les choix d'Eitan.
 

D'un amour interdit entre deux étudiants juifs et arabes, Wadji Mouawad crée une pièce qui interroge au plus profond la notion d'identité.

Tous des 0iseaux, récit polyphonique en anglais, allemand, hébreux et arabe fait entendre cette distorsion entre identité et origine.
Beaucoup d'entre nous ne mourront pas à l'endroit où ils sont nés. Tels des oiseaux, des générations d’émigrés se sont envolés et cet envol a engendré une distance inexorable avec leur origine.
 

A travers le personnage d'Eitan et Wahiba, Wadji Mouawad dessine une fresque généalogique dans laquelle la transmission dépasse la génétique. Nous portons des colères, des conflits qui ne nous appartiennent pas et qui pourtant se diluent dans ce que nous sommes.

La narration de Wadji Mouawad n'est pas un fil tendu, faite d'allers et retours, la pièce se construit tel un puzzle. Les imbrications narratives éclairent les réactions des protagonistes et nourrissent la notion de transmission.
Une transmission qu'Eitan le scientifique se refuse d'accepter. La culpabilité, le poids d'un passé ne sont pas inscrits dans nos chromosomes. La détestation n'est que le fruit d'une situation.
 
Wadji Mouawad fait surgir cette idée du rêve commun. Si l'on ne croit pas au même rêve, si l'on cultive nos différences et nos haines, c'est pour mieux rassurer notre communautarisme.
S'arracher de son histoire c'est aller vers l'autre, désobéir, casser le fil d'un cercle vicieux.
 
Wadji Mouawad avec courage ouvre la parole et délivre un propos empli de tolérance.
Avec humour et humilité le dialogue s'ouvre dans la douleur et puise dans l'amour toute sa force.
Au son des bombes et des avions qui surplombent la pièce il nous fait entendre la douce musique de l'acceptation.
 
Wadji Mouawad se saisit d'un sujet fort, affrontant les antagonismes, pour offrir un espace de dialogue et de compréhension.
Passionnante dans sa dramaturgie et dans son propos, Tous des Oiseaux est une œuvre majeure qui affirme la puissance du théâtre. Se confronter, questionner, pour mieux appréhender.



 
 
crédit photos : Simon Gosselin.
 
Tous des Oiseaux de Wajdi Mouawad jusqu'au 25 juin 2022 à la Colline, Théâtre national
 
texte et mise en scène Wajdi Mouawad 
avec Jalal Altawil, Jérémie Galiana, Victor de Oliveira et Jocelyn Lagarrigue (en alternance), Leora Rivlin, Judith Rosmair, Darya Sheizaf, Rafael Tabor, Raphael Weinstock, Souheila Yacoub 
assistanat à la mise en scène à la création Valérie Nègre 
assistanat à la mise en scène Oriane Fischer 
dramaturgie Charlotte Farcet 
conseil artistique François Ismert 
conseil historique Natalie Zemon Davis 
musique originale Eleni Karaindrou 
scénographie Emmanuel Clolus 
lumières Éric Champoux son Michel Maurer 
costumes Emmanuelle Thomas assistée de Isabelle Flosi 
maquillage, coiffure Cécile Kretschmar 
traduction hébreu Eli Bijaoui 
traduction anglais Linda Gaboriau 
traduction allemand Uli Menke 
traduction arabe Jalal Altawil 
régie surtitres Katharina Bader et Uli Menke en alternance
 
Sophie Trommelen, Vu le 31 mai 2022 à  la Colline, Théâtre national