Parfois j'aimerais avoir une famille comme celle de la petite maison dans la prairie de Hernán Casciari





'La chose la plus horrible qui puisse arriver à une mère de famille, mis à part qu'on rentre avec les pieds plein de boue dans la salle à manger qu'elle vient de cirer, c'est que le budget pour les courses ne suffise pas à nourrir ses enfants' 

Mirta et sa famille font partie de ces milliers de familles victimes de la grande crise économique argentine de 1998.
Laissés pour compte d'un système qui s'est effondré, ils sont le coût social du gouvernement, sacrifiés sur l'autel d'une déflation catastrophique.
 
Pour exorciser ses craintes, Mirta se lance dans l'écriture d'un blog, journal intime d'un quotidien pas toujours facile et pourtant constamment teinté d'espoir.
Mirta, en une adresse directe, se raconte sans filtre et nous parle comme elle pense.

Viviana Souza, d'une énergie communicative, incarne les aventures de Mirta, de son mari et de leurs trois enfants, Nacho, Caio et Sofi. Au-delà du contexte économique, le texte nous plonge dans l'intimité de cette famille un peu bancale et complètement déjantée.
L'écriture fine et malicieuse de Hernán Casciari vient sans cesse contrebalancer le tragique pour toujours rebondir vers le sourire et l'espoir. 
Tout est grave et pourtant rien n'est sérieux.
La famille de Mirta n'est pas celle de la petite maison dans la prairie, Hervé Estebeteguy met en scène la vie, la vraie. Le chômage, l'homosexualité, la drogue, viennent perturber un équilibre déjà fragile.
 
Pleine de petits détails délicieux, la scénographie repose sur un décor sans cesse en mouvement. Dans un tango décalé, Mirta danse avec les objets qui l'entourent. La machine à laver, la table de cuisine se font complices d'un quotidien où la misère n’empêche pas la bonne humeur.
Les couleurs vives à la Almodovar, baignées dans la lumière de Julien Delignières pétillent et s'accordent à la musique argentine.  
Bilingue, en langue française et espagnole, la représentation nous plonge dans cet univers sud-américain. Viviana Souza oscille entre les deux langues, fluctuant sans cesse entre la narration et le jeu. Son espagnol refait surface dès qu'elle s'adresse à sa famille et se retrouve dans des situations extravagantes, fruit de l’imagination débordante de ses trois adolescents.

Viviana Souza incarne tout le courage de cette femme pleine de vie qui porte sa famille à bout de bras. D'un ton faussement naïf, elle interprète un texte où l'humour et la tendresse disent beaucoup du courage qu'est capable de déployer une mère.

Un regard tendre et drôle sur une femme qui garde la tête haute.

 


Parfois j'aimerais avoir une famille comme celle de la petite maison dans la prairie de Hernán Casciari Mise en scène: Hervé Estebeteguy
Avec : Viviana Souza Compagnoni
Création lumières et technique : Julien Delignières
Assistanat à la mise en scène : Camille Duchesne
Construction décors : Peio Noisette 
Construction enseigne lumineuse : Mona Le Thanh et Martin Saëz
Diffusion : Jean-Yves Ostro 
Administration : Coralie Blain 
Photos : Guy Labadens 
 
Spectacle bilingue [français - espagnol] surtitré 
D’après le roman de Hernan Casciari « Un peu de respect, j’suis ta mère » Traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco-Rahal au éditions Calmann-Lévy  
Vu le 13 octobre au Théâtre Douze.