Je te pardonne (Harvey Weinstein) de Pierre Notte

 


À la barre, Weinstein lui-même voit défiler les témoins du carnage. Une femme de chambre de Sofitel, une star abusée, une gamine de treize ans... Christiane Taubira ou Élisabeth Badinter s’imposent en avocates des plaignantes. Le verdict tombera, mais l’homme, patriarche phallocrate avec déambulateur, observe des changements. Métamorphose du corps : poitrine, fesses, atrophie des parties génitales. Sa part féminine prend le dessus. Mais cela pourra-t-il suffire pour le pardon ? 

 

Passé le contrôle sanitaire en bonne et due forme, enfin sous la forme d'un questionnaire revisité par l'humeur taquine de Pierre Notte, Pauline Chagne, Marie Notte et Pierre Notte entrent en scène. 

On sent alors le séisme théâtral arriver, le volcan d'une écriture dont le feu va surgir d'on ne sait où.

Pierre Notte nous convie à un cabaret festif, où les chansons fêtent la victoire d'un sexe qui ne revendique ni d'être fort ni de gagner mais simplement de ne plus être considéré comme faible.
De son regard fin et subtil Pierre Notte passe au crible le phénomène 'Me Too'. En chanson, il joue avec les mots pour se jouer de ceux qui s'accrochent encore à des valeurs finies et dépassées.
 

En mêlant les images de tragédie grecque à l'actualité littéraire ou aux unes qui font l'information, Pierre Notte rebondit et crée une fable drôle, juste et explosive.

Beaux, entiers dans leur intention, Pauline Chagne, Marie Notte et Pierre Notte parodient et démontent tous les mécanismes qui ont fait que l'homme ait pu se croire tout puissant. Par leurs facéties, ils créent un conte des temps modernes dans lequel homme et femme se disent ce qu'ils ont à se dire, sans tabou, sans gant, et démontent des arguments d'une domination qui ne tient plus.

Néron, Matzneff ou Polanski (Non ! Pas Polanski !), même combat.

Moqueur, Pierre Notte joue son rôle d'homme avec un sens de l'ironie et une autodérision jouissive. Il ose se remettre en cause et est prêt à accueillir la femme qui naît en lui, oui, mais laquelle ?

Les facéties mêlées à l'écriture gracieuse et sans tabou de Pierre Notte nourrissent l'évidence. La masculinité n'est plus synonyme de droit de cuissage. Ni putes, ni soumises, les femmes sont femmes et les hommes, certains, se perdent.

Si la femme est l'avenir, l'homme est en devenir.

A travers ses airs musicaux sarcastiques, Pierre note met à nu une époque qui a fait surgir des évidences et mis à mal des connivences désormais fragilisées. Le message est clair, les règles ont changé.

Ce soir sur la scène du Théâtre du Rond-Point avec Pauline Chagne, Marie Notte et Pierre Notte, accompagnés au piano par Clément Walker-Viry, on chante, on rit et on s'amuse de ces codes d'une masculinité qui volent en éclat.

Alors, on le pardonne ou pas Harvey Weinstein ?

 

 

 

Je te pardonne (Harvey Weinstein) jusu'au 26 juin 2021 au Théâtre du Rond-Point

Texte, musique et mise en scène : Pierre Notte
Avec : Pauline Chagne, Marie Notte, Pierre Notte, Clément Walker-Viry
Costumes : Alain Blanchot
Arrangements musiques : Clément Walker-Viry
Création lumières : Antonio de Carvalho
Son : Adrien Hollocou
Assistanat à la mise en scène : Jeanne Didot

 

Production Théâtre du Rond-Point, compagnie Les gens qui tombent, YDB Productions Coproduction et création en avril / mai 2021 au Théâtre du Pont Tournant - Bordeaux, au Théâtre de la Roële, Villers-Lès-Nancy, avec le concours des deux Îles, résidence d'artistes - Montbazon, Coréalisation Théâtre du Rond-Point, avec le soutien de « L'Atelier en mouvement ».