Première création du tout jeune Collectif Gobe Lune, Le passage se dessine comme une variation libre du roman de J. D. Salinger, L'Attrape-cœurs. De ces jours d'errance d'un jeune adolescent en rupture, la compagnie tisse un patchwork de formes qui toujours disent le refus de son personnage à s'envisager dans le monde des adultes.
S'inspirant du phrasé direct et des tics de langage si particuliers du roman, Gaspard de Soultrait emprunte son propre chemin dans les rues de la grande ville. Son personnage, Zach, c'est un petit peu le petit frère de Holden, dont la casquette rouge et la réappropriation de tournures de phrases si caractéristiques résonnent comme des clins-d’œil à une lecture qui a nourri profondément l'esprit de la création.
Récit à la première personne. Le passage happe par l'adresse directe de Zach qui nous entraîne avec lui dans les rues d'une ville dont il connaît les recoins par cœur et qui pourtant, toujours, lui reste étrangère. Dans cette résistance à entrer au monde guidé par sa mélancolie lucide, Zach va alors croiser pléthore de personnages.
Les comédiens, Gaspard de Soultrait, Prune Lemaire, Félix Fournier, Hugo Girard, en alternance avec Valentine Nicko, transforment le plateau en un joyeux bordel.
Sans qu'on ne sache vraiment s'ils incarnent un réel fantasmé ou un imaginaire envahissant, ils créent la mise en abyme par l'absurde.
Solaire, la comédienne Prune Lemaire s'empare de la figure d’autorité d'un juge, de la naïveté d'un enfant ou de la spontanéité d'une jeune fille, autant de personnages que Zach croise sur son chemin et qui rythment son errance.
Ce rythme, la mise en scène de Fanny Dumontet le figure à travers une scénographie mobile et colorée, que les comédiens, de leur présence clownesque, ordonnent et dérangent à vue, figurant la naïveté fantasque du monde de l'enfance.
Floutant les frontières de la réalité et de l'inconscient, la représentation ne cherche pas à reproduire le réel, mais à le décaler, à révéler les contradictions et les élans de son héros. Emmené par un esprit de troupe fédérateur, Le passage fait de l'espace de jeu l'endroit de la résistance de la figure adolescente qui échappe à toute assignation.
Un récit d’apprentissage qui vacille comme une impossibilité à trouver sa place dans un monde qui se dérobe.
Le passage du Collectif Gobe Lune, les 2 et 3 mai au Lavoir Moderne Parisien.
Librement inspiré de L’attrape-coeurs de J.D. Salinger
Texte : Gaspard de Soultrait
Mise en scène : Fanny Dumontet
Comédien·ne·s: Félix Fournier, Hugo Girard en alternance avec Valentine Nicko, Prune Lemaire et Gaspard de Soultrait
Créatrice lumière et collaboration artistique – Ebbane Augé-Visa
Création sonore : @croute2pain
soutien régie Célia Engel
Sophie Trommelen, vu le 3 mai 2026 au Lavoir Moderne Parisien